Les Etats-Unis ne lèvent pas le risque de dégradation
Les principales Bourses mondiales ont salué hier le compromis budgétaire de dernière minute qui permet aux Etats-Unis d’échapper au «fiscal cliff», autrement dit le «mur budgétaire», correspondant à 600 milliards de dollars de hausses automatiques d’impôts et de baisses des dépenses publiques. L’accord évite au pays une sévère cure d’austérité, synonyme de risque de récession. Mais il ne règle pas la question du déficit budgétaire et du relèvement du plafond de la dette, laissant craindre une nouvelle dégradation de la note souveraine américaine par les agences dans les prochains mois.
Reculer pour mieux sauter dans le précipice budgétaire? Le texte entériné tard dans la nuit de mardi à mercredi par la chambre des Représentants américains dans le sillage du Sénat prévoit un report de deux mois des décisions sur les coupes budgétaires dans les dépenses publiques en particulier militaires, et augure donc dans les mois à venir d’un nouveau bras de fer entre la Maison Blanche et les conservateurs du Congrès.
Pour les analystes, l’accord ne règle rien pour la situation des finances publiques du pays sur le long terme, la perspective d’un nouveau mur budgétaire s’annonçant déjà pour la fin du mois de février. «Cela fait peser un risque de dégradation sur la notation américaine», souligne Aneta Markowska économiste à la Société Générale.
Le risque lié à l’expiration en février des mesures exceptionnelles prises par le Trésor américain à la fin du mois de décembre dernier pour éviter un défaut de paiement du pays sera regardé de près par les agences de notation. Voyant s’approcher le plafond légal de la dette publique américaine, Timothy Geithner, le secrétaire d’Etat au Trésor, a récemment annoncé l’adoption de mesures pour 200 milliards de dollars, censées donner une marge de manœuvre supplémentaire de deux mois à l’administration.
Créé en 1917, le plafond légal de la dette publique américaine se monte actuellement à 16.394 milliards, seuil au-delà duquel, le pays n’a en théorie plus le droit d’emprunter pour se financer sur les marchés ou rembourser ses créanciers. Cette limite a été relevée à 75 reprises depuis 1962, et ce pour la dernière fois au début août 2011 au terme d’une rude bataille entre républicains et démocrates.
Mais, jugeant déjà le rééquilibrage des finances publiques «insuffisant», Standard & Poor’s avait décidé de dégrader dans la foulée la note des Etats-Unis de AAA à AA+. L’agence, qui avait en outre averti qu’elle n’excluait pas une nouvelle dégradation à l’avenir, a réagi cette nuit en indiquant que le compromis «ne modifie pas notre opinion sur la perspective de crédit du pays puisque nous pensons que l’accord d’hier fait peu pour ramener les finances publiques à moyen terme sur une trajectoire plus soutenable».
Jusqu’ici, la première puissance mondiale est parvenue à conserver le AAA accordé par Moody’s et Fitch Ratings. Les agences pourraient être tentées d’attendre de voir ce qu’il va ressortir de la poursuite des discussions budgétaires avant de trancher, soulignent les économistes. Moody’s a quant à elle d’ailleurs averti que l’accord conclu est insuffisant à lui seul pour permettre aux Etats-Unis de préserver leur Aaa.
Depuis le début des années 2000, la dette publique américaine a quasiment plus que triplé, avec une aggravation de la tendance à partir de 2007.
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