Les entreprises rechignent à émettre en euros aux niveaux de prix actuels
Certaines sociétés attendent une hypothétique baisse des spreads pour tester l’appétit des investisseurs
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Alexandre Garabedian
Sur les marchés de crédit, l’ouverture aujourd’hui de la saison des résultats annuels des banques commerciales américaines, appelée à durer jusqu’au milieu de la semaine prochaine, devrait accaparer l’attention des observateurs. Avec une conséquence, selon plusieurs banquiers : la poursuite du gel quasi-total des émissions sur le marché primaire en euros pendant cette période. « Nous avons bien assisté à quelques opérations financières, mais les sociétés corporates ont brillé par leur absence au cours des premières sessions de 2008 », rappelle d’ailleurs la recherche crédit de la Société Générale.
En fait, seules deux grosses émissions ont animé le marché ces derniers jours. Chez les financières, UBS a annoncé hier le placement d’une ligne à 5 ans en euros en offrant 70 points de base (pb) au-dessus de la courbe. Pour mémoire, la banque suisse avait placé en mai, avant la crise de crédit, 750 millions d’euros à 10 ans avec une marge de 10 pb. La semaine dernière, c’est General Electric qui a pu constater le fort élargissement des spreads. Le géant américain a levé 3,5 milliards sur des maturités de 3 ans et 10 ans, avec des marges respectives de 100 et 132 pb, alors qu’il avait procédé en septembre à une émission à 5 ans margée à 73 pb. Cela étant, la baisse des taux depuis l’automne a permis de compenser la hausse des spreads pour un coût globalement inchangé.
« GE connaît très bien le marché, et cette opération montre que le groupe ne s’attendait pas à ce que la situation générale s’améliore en termes de marges. Un certain nombre de corporates qui retiennent aujourd’hui leurs émissions vont devoir se rendre à l’évidence : l’environnement de crédit est entré dans une nouvelle phase, et le resserrement des spreads observé en septembre/octobre était un leurre», estime un professionnel du marché primaire dette.
Mais pour l’heure, peu d’entreprises sont disposées à se financer à ces niveaux de marges. « Elles font le pari que les spreads vont se resserrer alors même que l’environnement macroéconomique s’est dégradé depuis l’automne et que les investisseurs se montrent très exigeants en termes de prix », regrette un autre banquier à Paris. Et les signatures A ou BBB désertent toujours le marché européen, contrairement aux Etats-Unis.
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