Les élections laisseront la Grèce sur le fil du rasoir
Concentrés ces derniers jours sur l’impact du plan d’aide à l’Espagne sur les autres pays de la zone euro, les investisseurs gardent un œil vigilant sur la situation en Grèce. Les élections législatives qui s’y tiendront dimanche sont cruciales. Lors du scrutin du 6 mai dernier, aucun parti n’a obtenu la majorité absolue au Parlement. Le pays n’est pas parvenu à former un gouvernement de coalition. D’où ce nouveau scrutin, à l’issue incertaine.
Le dernier sondage autorisé, du 1er juin, donne une légère avance au parti conservateur Nouvelle Démocratie. Mais la formation d’extrême gauche Syriza n’est pas loin derrière. D’après les dernières enquêtes, aucun des deux partis n’obtiendrait une majorité absolue au Parlement. Le gagnant, quel qu’il soit, devra par conséquent former une coalition, ce qui augmente encore le risque d’instabilité politique. «Pour nous, l’issue la plus probable est un nouvel échec des négociations pour la formation d’un nouveau gouvernement» et, par conséquent, la tenue de nouvelles élections dans un mois, prévient Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC.
Pendant ce temps, aucune décision politique ne sera prise. Or, la Grèce se trouve dans une situation très délicate. Le PIB a chuté de 6,2% au premier trimestre. Le système bancaire subit une chute des dépôts depuis 2010, qui s’accélère. Reuters évoque 500 à 800 millions d’euros de sorties quotidiennes dans les principales banques ces derniers jours, à l’approche des élections. Enfin, le pays est dépendant du programme de soutien du Fonds monétaire international et de l’Union européenne, qui peuvent ainsi faire pression sur lui. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a retardé une partie du versement de 5,2 milliards d’euros prévu en mai, aucun gouvernement n’ayant pu être formé après le 6 mai, Le pays n’aura pas besoin du milliard qui n’a pas encore été versé avant fin juin, a précisé le FESF le 9 mai. Mais Athènes ne disposerait plus que de 2 milliards d’euros pour payer les salaires et les retraites d’ici le 20 juillet, d’après la presse grecque.
C’est dans ce contexte que Nouvelle Démocratie, s’il gagnait les élections, devrait former un gouvernement, certainement en s’alliant à un autre parti en faveur du programme d’aide, le Pasok probablement. «La seule issue favorable des élections grecques serait la formation d’une coalition viable et stable des partis favorables à une renégociation du programme d’ajustement en douceur et de façon coopérative avec la Troïka», estime Jean-Louis Mourier. La renégociation aboutirait sans doute à un allongement du programme, laissant le temps à la zone euro de mettre en place une solution plus globale, à savoir une union bancaire. Mais une telle coalition «paraît difficile car la Nouvelle Démocratie et le Pasok ont des points de vue très éloignés sur de nombreux sujets», poursuit Jean-Louis Mourier. Une victoire de Nouvelle Démocratie rassurerait en tout cas les marchés car elle écarterait le risque de défaut désordonné et de fuite des dépôts.
Si Syriza, le parti d’extrême gauche, opposé au programme d’aide, arrivait en tête, les investisseurs se positionneraient de façon beaucoup plus défensive. Même si le parti d’Alexis Tsipras semble avoir adouci son discours, les négociations avec la Troïka auraient peu de chance d’aboutir en raison des divergences idéologiques, d’après les économistes de Bank of America Merrill Lynch. «Le programme exige des baisses de salaires et une plus grande flexibilité sur le marché du travail alors que Syriza promet de relever les salaires à leur niveau d’avant-crise», expliquent-ils à titre d’exemple.
Le nouveau gouvernement et la Troika devront jouer finement pour éviter un défaut désordonné qui se traduirait pour la Grèce par une sortie de l’euro et qui exposerait la zone euro à un risque de contagion. Par conséquent, les renégociations du programme d’ajustement, même si elles sont difficiles, ne devront pas se traduire par un blocage des versements. Si les fuites des dépôts s’accélèrent la semaine prochaine, l’Europe devra réagir très vite pour éviter la propagation du mouvement. Pour gérer un éventuel bank run, «la zone euro pourrait décider de débloquer plus de fonds pour la recapitalisation bancaire afin de fournir aux banques grecques plus de collatéral», avance David Mackie, économiste chez JPMorgan. Exane évoque de son côté, mais sans y croire, une garantie de l’Union européenne sur la valeur, en euros, des dépôts des Grecs.
Il faudrait aussi autoriser les banques grecques à émettre beaucoup d’obligations garanties par l’Etat et permettre à la Banque de Grèce d’avoir une plus grande latitude dans l’utilisation de l’ELA (Emergency Liquidity Assistance), le programme de soutien d’urgence à la liquidité bancaire. Une décision qui incombe à la BCE et aux dirigeants européens.
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