« Les effets de la politique de la Fed sont difficiles à quantifier »

Philippe Weber, responsable des études économiques chez CPR AM
Tân Le Quang

L’Agefi: Quels seront les impacts du second tour d’assouplissement monétaire de la Fed sur l’économie américaine ?

Philippe Weber: Les montants en jeu sont considérables: 850 milliards de dollars au moins en comptant les annonces d’août. C’est pratiquement les deux tiers du déficit annuel des Etats-Unis! Premier effet, empêcher les taux de remonter, et donc faciliter le recours au crédit. Deuxième effet, fournir des liquidités à ceux qui vendent leurs titres à la banque centrale – l’espoir étant qu’ils utilisent ces liquidités. Troisième effet, par la hausse des marchés, accroître le patrimoine des agents économiques, et donc les inciter à dépenser. Il pourrait aussi y avoir des conséquences négatives, surtout si l’on ne réussissait pas, le moment venu, à résorber à temps l’excès de liquidités: l’inflation, notamment, qui serait bienvenue à petites doses mais sans doute moins si elle échappait à tout contrôle. Seul problème, soulevé par Ben Bernanke lui-même dans son discours de Jackson Hole: on ne sait pas quantifier ces effets, faute d’expérience en la matière!

Vous voyez les taux à 10 ans européens se tendre d’environ 50 pb d’ici à fin mars pour atteindre les 3 %. Pour quelles raisons ?

Notre scénario central pour l’Europe est la poursuite d’une croissance assez atone (1,5% en 2011) et d’une inflation limitée (1,6%). La BCE va laisser le marché monétaire revenir graduellement à la normale - on voit déjà l’Eonia se rapprocher de 1% - et sans doute s’abstenir de toute expansion quantitative. Dans ce contexte, on devrait assister à un début de normalisation des rendements obligataires, d’autant que l’offre de titres va rester longtemps abondante.

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