Les discours des banques divergent sur la rémunération du Livret A
Combien les banques toucheront-elles pour collecter le Livret A, une fois la banalisation de ce dernier entérinée ? Entre une commission à 0,4 % des encours proposée par le rapport Camdessus - un chiffre repris par la ministre de l’Economie Christine Lagarde le 6 février devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale -, celle de 0,8 % que revendiquent les banques amenées à le distribuer demain, et celle de 1,0 % à 1,3 % qu’encaissent les trois réseaux collecteurs actuels, la fourchette est large. De quoi alimenter les discussions entre les intéressés et les pouvoirs publics, dans la perspective d’un débat parlementaire en mars, après les municipales.
Si, officiellement, toutes les banques rejettent l’idée d’une rémunération à 0,4 %, la réalité est plus complexe. Certes, Etienne Pflimlin, le président du Crédit Mutuel, distributeur du Livret Bleu, a jugé dans le Journal du dimanche qu’un « taux équitable serait de 0,8 % ». Le dirigeant affirme que « le coût de gestion des livrets atteint 1,4 % des sommes collectées » et évalue à « 140 millions d’euros » son manque à gagner si la rémunération de la banque était abaissée de 1,1 % à 0,4 %. Certes, Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas, a qualifié un taux de 0,4 % de « tout à fait inacceptable », rappelant son attachement au 0,8 %. Des protestations de bonne guerre dans les négociations en cours.
Mais les dirigeants de la Fédération nationale du Crédit Agricole (FNCA), pourtant en pointe dans la lutte pour la banalisation, se sont bornés à juger le taux de 0,4 % « pas enthousiasmant » lors d’un récent entretien à La Tribune. D’aucuns estiment que la banque verte, compte tenu de sa force de frappe commerciale, a accepté l’idée de se contenter d’une commission moindre. « En général, la rémunération sur des produits de collecte est plutôt proche de 0,5 % à 0,6 %, confirme à demi-mot un dirigeant de caisse régionale. Collecter du Livret A à 0,4 %, c’est très ‘juste’, même si ce produit est très intéressant en termes de conquête auprès de la clientèle jeune. Avec une rémunération de 0,6 %, on parviendrait à un bon consensus. » A la FNCA, personne ne souhaitait faire hier de commentaires.
En revanche, aux Caisses d’Epargne, le président Charles Milhaud a déjà proposé, le 20 février devant les parlementaires, une rémunération de 0,6 % avec une période transitoire de cinq ans pour son groupe. Une manière de couper la poire en deux.
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