Les difficultés de la zone euro favorisent l’appréciation de la livre

La devise britannique fait figure de valeur refuge, mais les analystes sont divisés sur la poursuite de son appréciation
Solenn Poullennec

La livre sterling a été la devise la plus performante du G10 au cours du dernier trimestre, selon Barclays Capital. Pour les analystes, cette appréciation traduit notamment une certaine défiance vis-à-vis de l’euro. Cependant, ils restent divisés sur la pérennité de cette évolution. Depuis le début du mois de janvier, la parité euro/livre a baissé de 2,75% pour terminer à 0,81 vendredi dernier. Au printemps et à l’automne 2011, la parité était rarement passée en dessous de 0,86, et avait même atteint 0,903 au début du mois d’avril 2011.

Paul Robinson, analyste chez Barclays Capital estime que «la Grande-Bretagne offre la combinaison attractive d’une devise peu chère, de titres souverains de qualité, et de marchés bien plus liquides que ceux de Norvège ou de Suède.» Pour lui, l’appréciation de la livre s’explique parce que «la situation budgétaire de la Grande-Bretagne s’est probablement améliorée comparée à celle des autres grandes économies.» Le PIB britannique s’est pourtant contracté de 0,2% au premier trimestre.

Cet avantage relatif pourrait expliquer le renforcement des réserves libellées en livres de la Banque nationale suisse. Au premier trimestre, elles ont presque doublé à 14,5 milliards de livres. Qui plus est, «les minutes du comité de politique monétaire de la Banque d’Angleterre d’avril étaient plus favorables à un resserrement monétaire alors que la BCE semble davantage préoccupée par la faiblesse de la croissance», avance Paul Robinson. Pour Barclays Capital, la livre devrait continuer à s’apprécier face à l’euro et la parité devrait être à 0,76 à un an. Mais si l’appréciation était trop rapide, la Banque d’Angleterre pourrait l’enrayer en adoptant un discours plus accommodant.

«Alors que la situation en zone euro ne devrait pas s’améliorer à court terme, les investisseurs vont avoir besoin d’une monnaie liquide contre laquelle vendre des euros», reconnaît Valentin Marinov, stratégiste changes chez Citi. En théorie, la livre pourrait servir de valeur refuge en lieu et place du franc suisse puisque la BNS a bloqué l’appréciation de celui-ci en fixant un cours plancher euro/franc à 1,20. «Nous pensons que les investisseurs ne sont pas entièrement convaincus du nouveau rôle de la livre en tant que devise refuge», temporise le stratégiste, en soulignant combien les économies suisse et britanniques sont différentes.

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