Les députés européens sabordent le marché du carbone
Au terme d’un vote confus où les lignes partisanes ont été brouillées par les clivages nationaux, 336 députés ont rejeté mardi la proposition de la Commission européenne de retirer du marché temporairement (backloading) 900 millions de quotas de CO2 sur la période 2013-2015 pour les y replacer à partir de 2016.
Cette mesure, destinée à soutenir un marché en chute libre, était combattue par la plupart des grands lobbies industriels (producteurs d’électricité exceptés) et par les groupes électro-intensifs: pétroliers, chimistes, etc. Leur argument selon lequel une augmentation du prix du carbone nuirait à la compétitivité industrielle européenne a visiblement porté. L’immense majorité des élus PPE (centre-droit), particulièrement les Allemands, a voté contre, les Français de l’UMP se montrant toutefois divisés.
Cette décision avantage nettement les producteurs d’électricité carbonée, en forte augmentation en Allemagne et très dominante en Pologne, au détriment de l’électricité nucléaire. Par ailleurs, la chute du prix du carbone ne sera pas sans incidence sur les bilans des grands groupes électro-intensifs qui ont comptabilisé des stocks importants de quotas à des valeurs désormais très éloignées de celles du marché. Enfin, elle désarme le mécanisme d’incitation à l’investissement dans les technologies propres au nom duquel le marché du carbone a été conçu.
Le contrat CO2 de décembre a plongé de 35% hier à 3,09 euros. Le prix du carbone pourrait chuter à «pratiquement zéro» en absence de retrait de quotas, selon une source industrielle. Le vote de mardi débouche sur une grande incertitude sur la gestion du marché par l’UE. En principe le projet de retrait de quotas reste en discussion, le sujet revenant devant la commission environnement du Parlement.
Mais à un an des élections européennes, il est probable que l’assemblée, co-législateur, maintienne sa position et que la Commission européenne, elle, ne se risque pas à faire une autre proposition. Le Conseil des ministres de l’environnement ne s’est pas encore prononcé mais il penchait, sous le poids notamment de Paris et Berlin, en faveur d’un retrait de quotas.
Dans ces conditions, on pourrait assister à une renationalisation du marché du CO2 à l’image de ce qui se passe au Royaume-Uni où le gouvernement de David Cameron a décidé de fixer un prix plancher du carbone. «Ce serait la fin du marché européen du carbone», analyse une source.
Plus d'articles du même thème
-
L’OCDE revoit à la marge ses prévisions mais craint un conflit long au Moyen-Orient
L’institution anticipe désormais une croissance de 2,8% cette année avec une forte hausse de l’inflation, dans son scénario central d’une résolution rapide du conflit. S’il dure, la croissance pourrait chuter à des niveaux observés pendant les crises majeures. -
L'activité s'est moins contractée que prévu dans la zone euro en mai
L'indice PMI composite de la région a nettement moins baissé le mois dernier qu'anticipé par une première estimation publiée le 21 mai. La dégradation reste particulièrement marquée en France. -
Tuttle Capital introduit sur la Bourse américaine un ETF dédié à la mémoire IA
Tuttle Capital mise sur un secteur stratégique, sous tension depuis 2025, où la mémoire HBM est le pilier des accélérateurs d’intelligence artificielle. -
Le déploiement de l’IA en entreprise reste à la merci d’une maîtrise de la donnée
L’enquête OneStream relève que la culture française du strict contrôle en amont freine la valorisation opérationnelle. -
La start-up de l’informatique quantique Quobly lève 115 millions d’euros
La société grenobloise obtient des fonds de la part de Bpifrance, SEALSQ, STMicroelectronics ou encore du fonds de capital risque d’Air Liquide. Elle développe un ordinateur quantique sur une base semi-conducteurs. -
UniCredit se montre tentée par le marché espagnol de la banque privée
La deuxième banque transalpine pourrait prochainement renforcer sa présence en Espagne dans ce secteur très convoité par les acteurs internationaux.
ETF à la Une
WisdomTree commercialise WDIG pour investir dans les métaux stratégiques clés
- L’AMF s’apprête à clarifier les obligations des sociétés de gestion en matière de rémunération des distributeurs
- LBP AM et La Financière de l’Echiquier annoncent leur projet de fusion
- Sanso Longchamp AM gagne pour la première fois l'Alpha League Table
- James Reynolds (GSAM International) : «Il y aura une dispersion croissante des performances en crédit privé»
- Des investisseurs nordiques veulent empêcher le retour des forages arctiques
Contenu de nos partenaires
-
A l’attaqueLes chinois Anta et Li-Ning prêts à tacler Adidas et Nike
Après avoir consolidé leur place sur leur propre marché, les équipementiers chinois prennent pied aux Etats-Unis -
Les Etats-Unis veulent instaurer de nouveaux droits de douane, au nom de la lutte contre le travail forcé
Désavouée par la justice, l'administration Trump souhaite imposer de nouveaux droits de douane de 10 à 12,5 % à une soixantaine de partenaires commerciaux, dont l'Union européenne. Washington leur reproche de ne pas s'attaquer au problème du travail forcé -
Market logicPlacements : ignorez le bruit des tarifs douaniers, les valeurs boursières le feront
Rien n’influence davantage les marchés actions que les surprises. Or, la terreur des tarifs douaniers a perdu son effet de surprise, quoi que décide Donald Trump à l’avenir