« Les défis actuels permettent aux gérants de définir leur identité »
Quelles ont été vos impressions en arrivant chez Columbia Threadneedle Investments ?
J’ai rejoint la société en avril dernier après 30 ans dans la gestion d’actifs. Mon premier contact a été très positif car la culture d’entreprise est en tous points conforme à celle que j’attendais : beaucoup de gestions placent l’investissement ou la distribution au cœur de leur stratégie. En ce qui nous concerne, notre approche est essentiellement fondée sur le travail collaboratif de toutes les équipes dans l’intérêt de nos clients.
Quelle stratégie allez-vous poursuivre à l’avenir ?
Nos fondamentaux sont déjà bien en place : notre travail d’intégration avec Columbia Management a été réalisé en mars 2015. Nous avons une présence dans 19 pays dans le monde et pouvons nous appuyer sur une solide équipe de gérants, de bons produits et l’excellente performance de nos fonds. Au 30 juin, 74 % des fonds disponibles en Europe surperformaient leur indice de référence sur 3 ans et 75 % sur 5 ans. Pour les fonds multi-actifs, ce chiffre est de 92 % sur 3 ans et de 90 % sur 5 ans. Notre feuille de route sera à l’avenir de mieux nous faire connaître. Nous avons toute notre place dans la cour des grands.
Envisagez-vous des acquisitions ?
Sur le continent européen, nous faisons d’ores et déjà partie des 25 plus gros gérants d’actifs. Etant donné notre envergure (au Royaume-Uni, numéro 10 du marché et numéro 4 pour les seuls particuliers ; aux Etats-Unis, numéro 15, NDLR), nous regardons constamment les éventuelles opportunités qui pourraient survenir. Mais, en toutes circonstances, nous nous montrerons sélectifs. Aux Etats-Unis, nous avons réalisé deux acquisitions importantes ces deux dernières années : Emerging Global Advisors, LLC (EGA), un gérant spécialisé dans les portefeuilles smart beta et, plus récemment, la société immobilière Lionstone Investments basée à Houston (Texas).
Quels sont vos principaux marchés en Europe ?
Au-delà du Royaume-Uni, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne sont nos trois marchés principaux pour la clientèle des particuliers et des intermédiaires financiers. En revanche, les pays nordiques, la Suisse, le Benelux et la France sont plus institutionnels. Dans l’Hexagone, nos principaux mandats sont pour le compte du Fonds de réserve pour les retraites (FRR) et l’Ircantec.
Quels axes allez-vous développer ?
Nous sommes résolument un gérant actif. La part moyenne de gestion active dans nos fonds actions est de 72 %, avec parfois plus de 90 % dans certains fonds. En cette qualité, nous avons une vraie responsabilité quant à l’avenir. Notre implication dans l’investissement socialement responsable (ISR) s’inscrit dans cette dynamique. En mai dernier, nous avons lancé le Threadneedle (Lux) European Social Bond Fund, en partenariat avec Inco, une société qui se concentre sur l’économie sociale européenne. Ce fonds innovant de crédit européen est axé sur l’ISR sans sacrifier le rendement. Au Royaume-Uni, nous avons développé un fonds similaire. Ces deux lancements démontrent notre volonté d’associer collaboration à innovation.
L’industrie de la gestion d’actifs traverse une période de bouleversements intenses. Comment appréhendez-vous l’ensemble de ces changements ?
La montée en puissance de la gestion passive associée aux changements réglementaires au niveau européen (MIF2) mais aussi au Royaume-Uni, avec la mise en œuvre du régime de responsabilité des dirigeants (senior managers regime) constituent de vrais défis. Sans oublier l’impact d’événements macroéconomiques à l’image du Brexit ou encore l’importance croissante de la technologie. Cette période est également cruciale parce qu’elle va permettre aux gérants de définir leur identité. Et dans ces moments-là, il est important de bien se souvenir que l’on existe avant tout parce que nous avons pour mission de gérer l’argent de nos clients.
Quel regard portez-vous sur cette montée en puissance de la gestion passive ?
La gestion active joue un rôle important dans la distinction entre gagnants et perdants sur le marché d’autant plus que la fin des politiques monétaires de QE (quantitative easing) devrait créer un environnement plus favorable pour les gérants actifs. Mais nous reconnaissons bien volontiers que la gestion passive a aussi son rôle à jouer. Il est important de laisser aux clients la possibilité de choisir leurs options. A l’avenir, les deux types de gestion continueront de croître.
Quel est l’impact du Brexit sur vos opérations ?
A titre personnel, je me considère comme une Européenne convaincue. Malheureusement, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est un fait. Nous devons mettre en avant l’intérêt de nos clients. Nous avons été parmi les premiers dans le secteur à indiquer que nous allions renforcer notre base luxembourgeoise et dupliquer notre gamme de fonds de droit anglais. Nous allons donc poursuivre cette stratégie.
La Première ministre britannique Theresa May a proposé une période de transition d’environ deux ans. Quel est votre sentiment ?
Disposer d’un temps supplémentaire pour évaluer l’impact de toutes les décisions de négociations est un véritable plus pour l’industrie. L’idée est d’éviter à tous prix ce fameux cliff-edge (littéralement « bord de la falaise », NDLR) qui nous ferait basculer dans le vide.
Propos recueillis par Stéphanie Salti, à Londres
Dates clés
-Avril 2017
Michelle Scrimgeour rejoint Columbia Threadneedle.
-2012-2017
Elle intègre M&G Investments.
-2006-2011
Elle exerce chez Blackrock London.
Chiffres clés
414 milliards d’euros d’encours sous gestion,
plus de 120 milliards de mandats multi-classes actifs (multi-asset),
41 % de clients institutionnels et 59 % particuliers,
plus de 2.000 collaborateurs.
{"title":"Nous avons notre place dans la cour des grands»,"name":"","body":"","image":0,"legend":"","credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Le marché suisse des fonds se rapproche des 2.000 milliards de francs suisses d’encours
Le marché helvétique a collecté à fin septembre 2026 plus de 32 milliards de francs suisses depuis le début de l’année, selon l’Association de la gestion d’actifs suisse (Amas). -
L'AMF demande aux fonds monétaires de relever leurs tampons de liquidité
Le régulateur insiste sur la détection précoce des tensions et la rapidité des mesures correctrices liées à la liquidité. Un enjeu pour un marché français dont les encours approchent 480 milliards d’euros en août 2026. -
Fidelity lance un fonds dédié aux entreprises innovantes
Le portefeuille devrait compter entre 100 et 200 titres axés sur la diffusion de technologies, de produits, de services ou de modèles économiques jugés innovants. -
L’Europe se prépare au difficile passage du règlement-livraison en un jour
Programmé pour le 11 octobre 2027 afin de s’aligner sur Wall Street, le passage des marchés financiers européens à un règlement-livraison des titres en un jour au lieu de deux a rallié les professionnels malgré la complexité de sa mise en œuvre. -
Amundi sort un trimestre solide mais sans records
Le gestionnaire d'actifs du groupe Crédit Agricole voit sa dynamique de collecte freinée par la réallocation d'une partie d'un mandat d'un fonds de pension indien qui n'impacte pas ses résultats pour autant selon sa directrice générale Valérie Baudson. -
Le fonds de dotation de Yale engrange un rendement net annuel de 26,3%
Le fonds de dotation de la célèbre université privée américaine a dégagé un résultat record pour l’année 2025-2026, en nette hausse par rapport à son précédent exercice.
ETF à la Une
HSBC AM cote un ETF Ucits exposé au secteur chinois de la robotique
- Dette immobilière, le plus difficile reste à venir
- Amundi sort un trimestre solide mais sans records
- BNPP AM collecte 31 milliards d’euros sur les 9 premiers mois de l’année 2026
- Benoît Jauvert et David Kalfon (Flornoy Ferri et Sanso Longchamp AM) : «La combinaison de nos offres va donner naissance à une proposition de valeur plus globale»
- Le Mécanisme européen de stabilité règle une première obligation tokenisée avec Pontes
Contenu de nos partenaires
-
Le bon grain et l'ivraieRécession française : la consommation tient mais l’industrie plonge
Le PIB français a baissé de 0,1 % au troisième trimestre et la récession guette la France. Pourtant les ménages continuent de consommer malgré le choc pétrolier. C'est la débandade de l'appareil productif qui doit inquiéter -
« On n’a plus le temps » : comment Gérald Darmanin tente d'enterrer la primaire de la droite
Le ministre de la Justice estime qu’il est trop tard pour organiser la primaire défendue par Gabriel Attal et Michel Barnier, qui considère que le mois de février est « l’extrême limite ». -
Entre E.Leclerc et TotalEnergies, la guerre des prix à la pompe fait rage, mais on connaît déjà le gagnant
Avec la libération des stocks stratégiques de carburant de l’Etat, les prix du gazole à la pompe chutent de 15 centimes en moyenne selon le gouvernement.