Les créanciers subordonnés de BES s’attendent à régler la facture

Le besoin en capitaux de la banque portugaise rend probable un «bail in» des porteurs de dette junior. La valeur de ces titres a plongé de 20 points hier
Alexandre Garabedian

L’énormité du désastre dépasse les pires prévisions. En dévoilant mercredi soir une perte nette de 3,6 milliards liée à l’effondrement de ses holdings familiales, le Banco Espirito Santo a rendu crédible une mise à contribution (bail in) de ses créanciers subordonnés. Le ratio de fonds propres durs (CET1) est tombé à 5% malgré une augmentation de capital de 1 milliard d’euros réalisée fin juin.

Pour retrouver avant les stress tests bancaires européens un ratio transitoire de 11,5%, soit le niveau qui était le sien à la fin du premier trimestre, BES aurait besoin de lever 4 milliards d’euros, calculent les analystes de CreditSights. En se contentant d’un CET1 à 9%, la recapitalisation atteindrait 3 milliards, selon UBS.

Or, BES, qui a mandaté Deutsche Bank, n’a encore mis aucun plan sur la table. Pire, le nettoyage des comptes n’est sans doute pas fini. Les nouveaux dirigeants nommés le 13 juillet n’ont pas eu le temps de passer le bilan à la paille de fer, admet la banque. Les comptes au 30 juin ont fait apparaître un nouveau risque, lié à des émissions obligataires d’Espirito Santo, qui a coûté 1,2 milliard et n’avait pas été dévoilé jusqu’à présent. Enfin, le groupe a passé peu de provisions dans sa filiale en Angola alors que celle-ci suscite les inquiétudes des analystes.

«Ces résultats, les nouvelles révélations et l’absence de plan clair de recapitalisation font courir un risque significatif aux porteurs de dette subordonnée», estiment les analystes crédit de la Société Générale. Ceux-ci ne croient pas en revanche à une mise à contribution des créanciers seniors, en raison des turbulences de marché qu’elle provoquerait. Hier, le prix des obligations subordonnées 2023 de BES, émises en novembre dernier, a plongé de 20 points, à 56% du pair. Au total, la banque affiche un peu plus d’un milliard d’euros de dette subordonnée à son passif. L’action, elle, a cédé 42%.

Les emprunts d’Etat portugais ont en revanche peu réagi (+4 pb à 3,59%), signe que ce dossier n’est toujours pas jugé systémique. Le fonds de restructuration des banques mis en place durant la crise par Lisbonne, et déjà comptabilisé dans la dette publique, dispose de 6,4 milliards d’euros non tirés. Une option mise en avant mercredi par la Banque du Portugal, plus si sûre désormais que BES puisse se recapitaliser auprès du secteur privé. Ses statuts prévoient qu’actionnaires et créanciers juniors, mais pas seniors, paient avant tout débours d’argent public.

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