Les créanciers subordonnés d’Anglo Irish défient le gouvernement irlandais
Les porteurs de dette subordonnée d’Anglo Irish se rebellent. Un groupe de créanciers détenant plus de 690 millions d’euros de titres lower tier 2 de la banque irlandaise s’oppose à l’offre d’échange que cette dernière a annoncée le 21 octobre. Leur objectif: forcer le gouvernement irlandais et la banque à améliorer leur proposition. «Anglo Irish veut tordre le bras des porteurs de dette», soulignaient hier dans un communiqué le cabinet Brown Rudnick et la banque d’affaires Houlihan Lokey, qui représentent les créanciers.
Le prêteur, qui a déjà reçu 22,9 milliards d’euros d’aides publiques et pourrait coûter à l’Etat jusqu’à 34 milliards, veut faire payer à ses créanciers subordonnés une partie du coût de sa nationalisation. Elle propose d’échanger contre une dette senior trois lignes de maturité 2014, 2016 et 2017, d’un total de 1,575 milliard d’euros, à 20% de leur valeur nominale (contre un prix de 22% environ sur le marché). Elle reprendrait également en cash, à 5% du pair, des lignes perpétuelles d’un montant de 365 millions. Ce qui lui permettrait d’enregistrer au total un gain en capital de 1,6 milliard.
Le groupe a convoqué des assemblées générales en novembre et en décembre, après la clôture des offres, afin de faire inscrire dans la documentation de chaque ligne lower tier 2 une clause l’autorisant à racheter 1.000 euros de nominal pour un centime. Les investisseurs ont donc le choix entre échanger leurs titres, ou refuser et perdre plus tard l’intégralité de leur mise. Un procédé que conteste le consortium des investisseurs, «qui ne participera pas à l’offre et votera contre les résolutions extraordinaires».
Les créanciers s’estiment en position de bloquer le processus pour chacune des trois lignes obligataires. A chaque fois, l’assemblée devra réunir un quorum des deux tiers du montant des obligations en circulation, et voter les résolutions à 75%.
Mais le consortium joue serré. Alors qu’Anglo Irish a refusé hier de négocier avec lui, Dublin a évoqué fin septembre une législation spécifique pour partager le coût du sauvetage avec les créanciers subordonnés. «Un tel résultat serait sans doute synonyme de pertes plus élevées pour les porteurs de dette», estime Barclays Capital. Les «rebelles» font le pari que l’Irlande n’osera pas imposer ces pertes par la voie législative, ce qui serait mal perçu des marchés financiers.
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