Les conditions de crédit se durcissent encore dans la zone euro

Malgré l’injection de liquidités à trois ans de la BCE, les banques ont resserré le robinet du crédit. Parallèlement, la demande recule
Violaine Le Gall

Pour les 124 établissements interrogés par la BCE du 19 décembre 2011 au 9 janvier 2012, l’injection de liquidités à trois ans le 21 décembre 2011 n’a pas modifié les conditions de crédit, au moins pour le moment. Les banques de la zone euro ont été bien plus nombreuses à rendre compte d’un durcissement des critères d’octroi de crédit qu'à observer un maintien ou un assouplissement, d’après l’enquête trimestrielle sur le crédit de la BCE publiée hier.

En net, la part des banques ayant durci leurs critères d’octroi ressort à 35% contre 16% au troisième trimestre pour les prêts aux entreprises. Elle s'établit à 29% contre 18% précédemment pour les prêts aux particuliers. Les conditions appliquées aux crédits se resserrent également. «La situation n’apparaît pas aussi tendue qu’à la fin de l’année 2008, loin s’en faut, mais elle illustre néanmoins une situation très inconfortable», estime Bruno Cavalier, économiste chez Oddo Securities. Le mouvement est généralisé dans la région, sauf en Allemagne, précise la BCE.

Pour expliquer ce rationnement du crédit, les banques mettent en avant leur coût de financement, leurs contraintes bilantielles et la détérioration de l’environnement.

La demande en souffre également. Dans ce contexte, les entreprises ont particulièrement réduit leurs demandes de prêts pour des investissements, d’après l’enquête de la banque centrale. Du côté des particuliers, la demande de prêts immobiliers chute et le mouvement devrait se poursuivre. En net, 44 % des banques prévoient encore une baisse de la demande au premier trimestre 2012.

Les perspectives sont encore peu encourageantes. Du fait des nouvelles réglementations comme Bâle 3, les banques devraient accélérer la réduction de leurs bilans et continuer de durcir les conditions de crédit à l'économie, d’après l’enquête. Le coup de frein sur l’offre de crédit continuera d'être particulièrement visible en Europe du Sud, estime Martin van Vliet, économiste chez ING. Pour Loredana Federico, économiste chez UniCredit, il est cependant «probable que le quatrième trimestre 2011 ait été la pire phase de la crise pour le secteur bancaire de la zone euro». Compte tenu des signes récents d’une stabilisation des indicateurs de croissance et des mesures non-conventionnelles de la BCE, «nous pensons toujours que l’affaiblissement du crédit au cours de 2012 restera gérable», explique-t-elle.

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