Les compagnies aériennes chinoises fragilisent le marché du carbone
Le marché du carbone européen est au cœur d’un bras de fer diplomatique entre Pékin et Bruxelles. Lundi, le gouvernement chinois a interdit aux compagnies aériennes nationales de participer au système européen d’échange de quotas (ETS). Pourtant, depuis le 1er janvier de cette année, les quelque 5.000 compagnies qui desservent l’Europe y sont soumises. Si la Chine persiste et que d’autres nations suivent son exemple, les prix du marché du carbone, déjà bas, pourraient en pâtir.
«Comme les sorties de cette crise sont difficiles à envisager aujourd’hui, le marché ne met rien dans les prix au-delà du scénario de base, qui est encore probablement une participation des compagnies internationales au marché» explique Emmanuel Fages, directeur de la recherche sur le marché de CO2 à la Société Générale. Lundi, le carbone s’échangeait autour de 8,4 euros la tonne sur Bluenext contre 14,2 euros il y a un an.
Les spécialistes du marché vont suivre ce débat de très près . Car «avec la récession et le niveau d’allocation des quotas, le seul secteur acheteur net de quotas de CO2 à côté des énergéticiens est l’aérien», précise Emmanuel Fages. Les compagnies doivent recevoir une majorité de quotas gratuitement et 15% aux enchères. Compte-tenu de la croissance de leurs émissions, elles devraient acheter pour l’équivalent de 420 millions de tonnes de CO2 sur la période de 2012 à 2020, selon les chiffres de CDC Climat.
Le système est en phase de démarrage pour le secteur. Ce n’est qu’en avril 2013 que les compagnies aériennes devront vraiment rendre des comptes. «Les 31 compagnies chinoises concernées par le système de quotas européen devraient être de gros acheteurs de crédits carbone en raison de l’augmentation de leur trafic avec l’Union européenne», assure en tout cas Emilie Alberola, chef de pôle recherche à la CDC Climat.
Fin 2011, la Cour de justice de l’Union européenne, saisie par des compagnies aériennes étrangères, avait confirmé la légalité de l’ETS. «Une issue possible du conflit serait que la Chine propose une législation équivalente à l’inclusion de ses compagnies dans le système de quotas», explique Emilie Alberola. La Commission se dit confiante mais «si l’Union était obligée de céder face à la Chine, alors toutes les compagnies étrangères s’engouffreraient dans la brèche et les prix baisseraient», craint Emmanuel Fages.
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