Les analystes jouent la carte de la prudence sur les banques européennes en 2008

La sous-performance du secteur, de 15 % en 2007, ne constitue pas un facteur de soutien suffisant aux yeux des différents bureaux d’études
Virginie Deneuville

A l’aube de cette année 2008, un consensus se dégage autour des banques européennes pour les douze mois à venir. Le maître mot étant la prudence pour la grande majorité des analystes. Alors que Citigroup et Société Générale ont affiché vendredi leur pessimisme à l’égard du secteur, d’autres bureaux d’études ont abondé à nouveau dans ce sens en ce début de semaine. Keefe, Bruyette & Woods (KBW) a notamment dégradé sa recommandation sur le secteur à «sous-pondérer», anticipant un ralentissement de la croissance économique européenne en 2008. « Nous continuons à percevoir des risques baissiers supplémentaires sur les résultats, la plus grosse inquiétude étant une détérioration significative de la qualité des actifs », explique l’intermédiaire financier. Et ce dernier d’ajouter d’autres sources d’inquiétudes telles que l’exposition directe des banques aux Etats-Unis, de plus amples dépréciations liées aux marchés hypothécaires, une moindre croissance des prêts, une pression des marges ainsi que des commissions réduites.

Credit Suisse met de son côté en lumière quatre principales catégories de risques susceptibles de peser sur les résultats et dès lors de limiter toute revalorisation : les risques liés à l’économie (inflation, marchés immobiliers), les risques liés à l’ensemble du secteur (risque de contrepartie), les risques relatifs au bilan (dépréciations, solvabilité, Bâle II) et ceux relatifs au compte de résultats (chiffre d’affaires, provisions, faiblesse du dollar). « Le marché doit encore considérer les conséquences sur les bénéfices à long terme des dépréciations de 2007 et des problèmes de financement », relève le bureau d’études.

Pour Goldman Sachs, les défis auxquels sont confrontés les banques européennes sont au nombre de trois, à savoir le manque de visibilité sur leur situation capitalistique au regard des risques de dépréciations, la crainte d’une contagion du risque de crédit et le risque d’une crise de crédit ayant un impact significatif sur la croissance économique.

La crise des marchés de crédit a certes fortement affecté le cours boursier des banques européennes en 2007. Pour autant, la sous-performance enregistrée ne constitue pas un élément de soutien suffisant. « En dépit d’une sous-performance de 15 % en 2007 comparativement à l’ensemble du marché, le secteur bancaire européen ne se révèle pas encore suffisamment bon marché pour repartir sur une tendance positive », estime Credit Suisse. « Au regard de la faible visibilité sur les résultats, la faible valorisation du secteur ne devrait pas constituer un catalyseur positif sur la performance boursière. En outre, étant donné les interrogations sur le RoE à long terme du secteur, le ratio actuel cours sur valeur comptable (1,5 fois en 2007) ne parvient pas également à fournir un soutien », renchérit KFW.

Dans ce contexte, KFW recommande principalement les valeurs bancaires présentant une dynamique de résultats et étant moins sujettes à des dépréciations, à l’image de Bank of Cyprus, Unicredito, Raiffeisen ou encore Santander. De son côté, Credit Suisse privilégie NBG, UBI Banca et KBC. «Elles sont caractérisées par des qualités défensives et une solide croissance des résultats, et ce, même aux dépens d’une valorisation supérieure au secteur. Elles sont géographiquement cohérentes avec les préférences de nos stratégistes », souligne Credit Suisse. A l’inverse, le bureau d’études affiche la plus grande prudence à l’égard de Crédit Agricole, Deutsche Bank et RBS, qui concentrent à ses yeux les risques les plus importants du secteur en 2008.

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