L'épargne française divise le régulateur, les banques et les utilisateurs

Les contraintes réglementaires, la fiscalité et le souci de protection de l'épargnant peuvent avoir des effets opposés sur son allocation
Violaine Le Gall

L’allocation de l'épargne a donné lieu à quelques échanges animés lors du colloque académique de l’AMF et de l’ACP du 11 mai. Elle est en effet vouée à évoluer compte tenu de la crise. «Les épargnants veulent une épargne moins risquée et le régulateur veut moins de transformation bancaire, résume François Villeroy de Galhau, directeur général délégué de BNP Paribas. Passer du modèle actuel à celui de demain n’est pas sans risque y compris pour le financement.»

Pour Fabrice Pesin, secrétaire général adjoint à l’ACP, c’est aux fournisseurs de produits financiers de s’adapter. «Il est vrai que les nouvelles règles prudentielles devraient avoir un impact fort sur la gamme de produits offerts, mais je renvoie la balle à l’industrie financière.» Réponse de François Villeroy de Galhau: «Le livret A et l’assurance vie sont les produits vedettes en France. Le cadre est extrêmement puissant et ces produits ne sont pas naturellement compatibles avec ce que demande le régulateur dans Bâle 3», souligne-t-il.

La fiscalité a, elle aussi, un impact sur l’allocation de l'épargne qui est problématique. «Certaines incitations fiscales (…) influencent de façon exagérée l’allocation d’actifs des ménages. (…) Malheureusement, la politique de l’épargne actuelle n’est pas totalement à la hauteur de l’enjeu de financement de notre économie», observe Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, et proche de François Hollande.

Dans ce contexte, la protection de l'épargnant et de l'épargne préoccupe Guillaume Prache, délégué général de la Fédération européenne des usagers des services financiers. «Il y a un énorme risque qu’en matière d'épargne retraite on n’arrive pas à protéger le capital», prévient-il, compte tenu de la fiscalité, de l’inflation et de l’actuel environnement de taux bas. «Nous avons demandé à la Commission européenne d'évaluer la rentabilité réelle de l'épargne retraite», précise-t-il.

Face à ces doutes, l’information de l'épargnant est cruciale et se trouve déjà au cœur de projets réglementaires européens, à savoir MIF 2 et Prips (produit d’investissement de détail). Mais l’objectif de lisibilité des produits se heurte au manque de formation financière des épargnants. «Nous sommes en retard sur le développement de la culture financière par rapport à ce qui est souhaitable», conclut François Villeroy de Galhau.

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