L’épargnant français se heurte à la répression financière
Epargner aujourd’hui en France, pour les particuliers, revient à laisser son patrimoine sur un compte courant. L’environnement de taux d’intérêt négatifs sur les marchés obligataires comme l’exclusion d’un marché boursier de plus en plus sophistiqué et professionnalisé, aux mains des ETF ou du trading à haute fréquence, poussent les ménages à chercher des produits alternatifs pour leurs placements financiers, indique la deuxième édition du baromètre Epargne BPCE, réalisé auprès de 2.050 Français de plus de 18 ans, dont 250 disposant d’un patrimoine financier de plus de 100.000 euros par foyer. Une recherche vaine, expliquent Alain Tourdjman et Eric Buffandeau, économistes de BPCE, qui constatent que les ménages se portent sur les dépôts à vue, «un non-choix par défaut ou par inertie, sur lequel les Français s’interrogent sans vraiment arbitrer».
Des intentions d’épargne qui demeurent très ancrées
Pourtant, les ménages bénéficient à mi-2019 d’un acquis de gains de pouvoir d’achat de 2% l’an, qui devrait être porté en fin d’année à 2,3%, avant de se réduire d’un point en 2020, à 1,3%. Or, ces gains ne sont pas consommés dans leur intégralité et «les anticipations d’améliorer son pouvoir d’achat bénéficient aux intentions d’épargne qui demeurent très ancrées : 86% des Français essaient de mettre de l’argent de côté – 41% régulièrement et 45% occasionnellement». Ces gains de pouvoir d’achat devraient porter la hausse de la collecte d’épargne (placements financiers hors titres) à 79,6 milliards d’euros, avant de reculer, l’an prochain, à 68 milliards (73,2 milliards en 2018 et 55,6 milliards en 2017).
Des sommes inutilisées sur un compte courant
Si l’enquête révèle un regain de sensibilité aux supports risqués de la part des détenteurs d’un patrimoine supérieur à 100.000 euros, le mouvement est ténu. Conscients «d’avoir des sommes inutilisées sur leur compte courant», les deux tiers des sondés envisagent de transférer ces montants sur un produit d’épargne. Cette volonté se heurte à l’absence de produits de placement pouvant y répondre. Après une collecte de plus de 33 milliards d’euros en 2017 et 2018, les dépôts à vue devraient croître de 38,2 milliards cette année et de 30 milliards l’an prochain, selon les estimations de BPCE. Ce qui fait des dépôts à vue le premier produit d’épargne des Français, loin devant l’assurance-vie (26,8 milliards de collecte attendue en 2019) et les livrets (22,48 milliards).
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