L’Ecureuil fait porter au Livret A le poids de tous ses maux

En évoquant 1.000 fermetures d’agences et 4.000 suppressions de postes, la banque veut peser dans le débat sur la banalisation
Alexandre Garabedian

Branle-bas de combat aux Caisses d’Epargne. Alors que l’application partielle ou totale du rapport Camdessus sur la banalisation du Livret A est encore soumise à l’arbitrage du pouvoir politique, la banque s’est immiscée dans le débat sans faire dans le détail. Lors d’un comité de groupe le 18 janvier, ses dirigeants ont évalué à 500 millions d’euros par an le manque à gagner résultant de la banalisation, « si toutes les mesures du rapport Camdessus sont appliquées à la serpe », précise un proche. Résultat, le groupe devrait fermer 1.000 agences et supprimer 4.000 postes. Un argument «social» livré à quelques semaines des élections municipales.

L’Ecureuil a régulièrement brandi la menace des fermetures d’agences. Selon Nicolas Mérindol, directeur général de la Caisse nationale des Caisses d’Epargne (CNCE) interrogé dans L’Agefi Hebdo du 30 novembre 2006, on compte « 200 agences Caisses d’Epargne, parmi lesquelles 150 sont implantées dans des quartiers sensibles, dont l’existence n’est justifiée que par notre mission de distribution universelle du Livret A ». Si la collecte de l’Ecureuil était rémunérée à 0,4 % des encours au bout d’une période transitoire de deux ans contre 1 % aujourd’hui, comme le propose le rapport Camdessus, le groupe perdrait en effet près de 400 millions d’euros de revenus par an sur un stock de livrets de 65 milliards d’euros.

Difficile cependant de croire que les Caisses d’Epargne, engagées par ailleurs dans la bancarisation de leurs clients, sacrifieraient le quart d’un réseau de 4.200 agences, fût-il hérité d’une mission historique de distribution de l’épargne réglementée. « Le Livret A a bon dos. On a le sentiment que la CNCE se sert de l’occasion pour faire payer au réseau la facture de toutes les autres déconvenues que le groupe a essuyées récemment », juge un «Ecureuil». Recapitalisation nécessaire de la CNCE, injection de 500 millions dans le rehausseur de crédit CIFG, provisions à venir, selon les analystes, chez Natixis : le bilan n’est pas fameux. Et entre Natixis (valorisé à 19,55 par titre dans les comptes contre un cours de clôture de 11,95 hier), Nexity (68,30 euros contre 22,9 euros), Meilleurtaux (41 euros contre 25) et Maisons France Confort (qui a perdu la moitié de sa valeur depuis l’entrée de l’Ecureuil dans la holding du promoteur), les moins-values théoriques sur ces participations stratégiques dépassent allègrement 4 milliards d’euros selon nos calculs.

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