L’économie espagnole se prépare à un réveil brutal
Si les économies de la zone euro s’essoufflent depuis plusieurs mois, Madrid se prépare pour sa part à un ralentissement brutal, au vu des dernières statistiques. L’indice PMI du secteur des services en Espagne s’est effondré de 6,8 points en janvier, à 44,2 points. Du jamais vu depuis sa création par RBS-NTC, qui fait aussi état d’une contraction en Allemagne (49,2 points) et en Italie (47,9 points), le seuil des 50 points caractérisant une expansion.
Lundi déjà, le nombre de chômeurs espagnols s’était fortement accru en janvier, de 132.378. Cette statistique saisonnière – en raison du poids du tourisme dans l’économie – fluctue d’ordinaire dans une bande de plus ou moins 50.000. Même si le pays reste en création nette d’emplois sur un an, « il est désormais prouvé que l’économie espagnole sera touchée plus fortement que nous le prévoyions par le ralentissement de la construction », admet Jesus Castillo, économiste chez Natixis.
Le réveil brutal que de nombreux économistes prédisent à l’Espagne, après des années de croissance supérieures à la moyenne en zone euro, commence à se concrétiser. Le pays est à la merci de la crise immobilière : le secteur de la construction a représenté plus de 10 % du PIB ces dernières années mais 20 % des créations d’emplois. L’Espagne affiche en outre un déficit courant de 9 % du PIB, l’un des plus élevés au monde, et doit une bonne part son boom économique au financement externe.
« Les ménages se sont endettés pour acheter des logements, et les entreprises pour financer des acquisitions internationales, résume Bosco Ojeda, à la recherche chez UBS. Si le resserrement du crédit se poursuit, l’impact sur l’Espagne pourrait être amplifié, compte tenu des exigences de financement externe des institutions financières espagnoles. » La banque évoque un risque de récession prolongée.
Avec une dette inférieure à 40 % du PIB et un budget excédentaire de plus de 1 %, le gouvernement a certes des marges pour relancer la machine. Et l’inflation élevée (4,4 % en janvier) permet aux ménages de bénéficier de taux d’intérêt réels négatifs. Mais dans un pays où 98 % des prêts immobiliers sont à taux variable, une détente monétaire de la BCE resterait encore le meilleur remède. Un assouplissement que les mauvais chiffres d’hier en zone euro rendent plus pressant, la monnaie unique étant d’ailleurs repassée sous les 1,47 face au dollar.
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