L'écart de taux entre Europe et Etats-Unis met la BCE sous pression

Si le différentiel de 100 pb fait grincer des dents en Europe, l’inflation dans la zone, estimée en janvier à 3,2 %, conforte le discours de la BCE
Tân Le Quang

Le pilotage de la politique monétaire en zone euro devient un exercice de plus en plus difficile pour la BCE. La baisse de 50 points de base (pb) mercredi des taux de la Fed à 3 % a porté l’écart de taux entre l’Europe et les Etats-Unis à 100 pb. Un différentiel qui pourrait encore s’élargir, le marché tablant à présent sur une baisse de 25 pb, voire de 50 pb, lors de la prochaine réunion de la Fed du 18 mars. A l’opposé, le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a récemment déclaré qu’une baisse de taux, contrairement aux Etats-Unis, n'était pas au programme en zone euro.

L’étau resserre ainsi autour d’une BCE. Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a estimé jeudi, que si l’écart de taux entre les Etats-Unis et l’Europe se creusait, cela « deviendrait de plus en plus difficile pour l’industrie exportatrice européenne ». Le ministre du Budget français, Eric Woerth, a déclaré hier que « la BCE pourrait mieux prendre en compte les problèmes des économies européennes ». Le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, lui, a jugé cet écart de taux « inquiétant » et précisé qu’il fallait « faire attention aux conséquences sur les taux de change ». L’euro/dollar est resté stable hier au dessus des 1,48 à 1,4850.

En marge de ces craintes, certains membres de la BCE ont récemment évoqué la possibilité d’une révision à la baisse de leurs prévisions de croissance 2008 en zone euro. Le FMI a abaissé mardi la sienne à 1,6 % contre 2,1 % précédemment. Et un taux de refinancement de 4 % risque de peser sur les banques, alors que l’accès au crédit est devenu encore plus difficile au dernier trimestre 2007 pour les entreprises et les ménages européens.

Pour autant, l’estimation flash du taux d’inflation annuel de la zone euro publiée hier par Eurostat à 3,2 % en janvier 2008, après 3,1 % en décembre 2007, ne fait que conforter la BCE dans sa mission de maitrise des prix. « Nous tablons sur une première baisse de taux de 25 pb à partir du deuxième trimestre seulement, une fois la baisse de l’inflation amorcée. Par la suite, la BCE pourrait attendre d’avoir des signes tangibles de ralentissement de l’activité économique pour baisser à nouveau ses taux de 25 pb, soit plutôt en deuxième partie d’année », note Crédit Agricole SA. Le marché anticipe également une baisse du refi de 25 pb en juin 2008.

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