Le secteur pharmaceutique en mal de nouveau modèle industriel

Les restructurations accrues du secteur nécessitent une vigilance accrue, avertit l’assureur-crédit Euler Hermes Sfac
Bruno de Roulhac

Un modèle à réinventer… Face à une modification de la demande pharmaceutique mondiale, la profitabilité des laboratoires baisse (avec une marge opérationnelle attendue à 22,7 % en 2008, contre 24,5 % en 2006), et nécessite des restructurations, rappelle l’assureur-crédit Euler Hermes Sfac. Si les dépenses de santé des pays développés croissent plus vite que leur PIB, elles butent sur le gonflement des déficits annuels des régimes d’assurance maladie, entraînant, depuis 2005, une pression déflationniste sur le prix du médicament.

La montée en puissance des Bric (Brésil, Russie, Inde, Chine) ne constituera pas un véritable relais de croissance avant la prochaine décennie, anticipent les experts d’Euler Hermes. Au regard de leur faible PIB par tête (11 fois plus faible qu’aux Etats-Unis), ces pays émergents seront d’abord consommateurs de produits génériques. Des génériques qui devraient représenter plus de 15 % des ventes pharmaceutiques mondiales en 2010, contre moins de 9 % en 2004.

Parallèlement, le modèle du blockbuster, qui a fait la fortune des laboratoires, « n’est plus la panacée », constate Marc Livinec, conseiller sectoriel Euler Hermes Sfac. Alors que 2008 et 2010 seront des pics en nombre d’expiration de brevets (notamment le Lipitor de Pfizer et le Plavix de Sanofi-Aventis et BMS, les deux premiers médicaments mondiaux en termes de chiffre d’affaires), les laboratoires peinent à renouveler leur portefeuille. Le chiffre d’affaires des médicaments dont les brevets arrivent à expiration est estimé à 180 milliards de dollars sur 2007-2010. Or, le coût de revient d’un nouveau médicament (R&D) a triplé de 1995 à 2006, atteignant 1,5 milliard de dollars, sous le coup des complexités techniques et des durcissements des critères d’homologation.

« Ce que les laboratoires pharmaceutiques n’ont pas voulu investir en R&D interne se retrouve dans le développement des biotechs », poursuit Marc Livinec. De fait, une partie du financement de la R&D a été transférée au marché boursier via l’acquisition de biotechs avec des primes de rachat extrêmement élevées (un pic a été atteint en 2006). En avril dernier, AstraZeneca avait racheté MedImmune pour 11,2 milliards d’euros.

Dans un tel contexte et face à la concurrence des « génériqueurs », les laboratoires doivent mettre en œuvre des réorganisations et beaucoup ont annoncé l’an dernier des suppressions de postes.

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