Le secteur immobilier chinois s’enfonce dans une spirale de la dette

Les risques croissants de défaut ont contraint les promoteurs chinois à accroître leur recours aux émissions d’obligations perpétuelles
Patrick Aussannaire

Le poids de l’endettement du secteur immobilier chinois change de dimension. A fin juin, huit promoteurs cotés ont émis des obligations de maturité perpétuelle, qui ne sont pas comptabilisées comme de la dette et dont les taux varient entre 12% et 20%, pour un total de 86,5 milliards de yuans (11 milliards d’euros), soit près de deux fois plus qu’au premier semestre 2013, selon Citigroup.

Or, «nous considérons ces instruments comme toxiques pour les investisseurs, dans la mesure où ils masquent le vrai niveau d’endettement et de profitabilité par des ruses comptables», précise Citigroup.

Evergrande Real Estate, qui en a émis 19,5 milliards de yuans au premier semestre et prévoit d’en émettre 9 autres milliards d’ici à la fin de l’année, affiche 350 milliards de dettes, soit un ratio d’endettement de 250% si les titres sont comptabilisés comme de la dette, selon Jefferies. Sur ce montant, 90,9 milliards sont des prêts bancaires, 44,5 milliards des obligations perpétuelles, alors que 61 milliards sont des prêts contractés auprès des sociétés fiduciaires («Trust loans»). La société, considérée comme «too big to fail», pourrait se retrouver avec un déficit de trésorerie de 24 milliards de yuans à la fin de l’année.

Le ratio de dette sur capital des sociétés immobilières chinoises aurait atteint 128%, près du double du ratio mondial moyen, selon Bloomberg. «Les promoteurs estiment que le coût de financement est raisonnable et tablent sur les gains des ventes immobilières pour rembourser les titres avant la date d’exercice de l’option» qui déclenche une hausse des taux, explique Franco Leung, vice-président chez Moody’s. Or, le marché immobilier subit une correction sévère, avec un recul des ventes de logements en Chine qui a atteint 10,5% en un an sur les sept premiers mois de l’année, et de 20% pour les nouvelles constructions.

Menacées de défaut, les sociétés immobilières se sont également tournées vers les marchés internationaux pour réduire leurs coûts de financement, avec un montant record de 27,6 milliards de yuans levés par le biais d’émissions et de prêts syndiqués hors de Chine depuis le début de l’année, selon Dealogic.

En outre, Pékin envisage de permettre à celles qui sont cotées, et qui doivent faire face à 10,4 milliards de dollars d’intérêt à rembourser d’ici à la fin de l’année, d’émettre sur le marché interbancaire chinois pour financer des projets de construction, selon Bloomberg.

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