Le Royaume-Uni se prépare à l’incertitude politique
Les investisseurs, qui n’aiment pas l’incertitude, risquent d’être servis au Royaume-Uni. La probabilité d’un «hung parliament», un parlement sans majorité claire, à l’issue des élections générales du 7 mai, dépasse 90% selon RBS. Dans tous les cas, les marchés font face à des perspectives peu engageantes: un référendum sur une sortie de l’Union européenne, si le Premier ministre David Cameron reste au pouvoir, ou des taxes accrues sur les grandes entreprises et notamment le secteur financier, en cas de victoire du travailliste Ed Miliband.
Seulement deux fois dans l’histoire, un «hung parliament» est sorti des urnes outre-Manche: en 1974 et en 2010. Dans le premier cas, de nouvelles élections eurent lieu huit mois plus tard. La coalition formée il y a cinq ans entre David Cameron et les démocrates libéraux de Nick Clegg a tenu bon. Mais les temps ont changé: les «LibDems» ont perdu leur position de troisième parti, supplantés par le parti national écossais (SNP), de gauche, tandis que les anti-européens d’UKIP se sont invités dans le paysage. Alors que les derniers sondages donnent une légère avance aux Tories face au Labour, avec chacun un gros tiers des suffrages, cette situation inédite ouvre de nombreux scénarios d’alliance.
«Le gouvernement britannique va devenir beaucoup moins stable et prévisible, avec un mandat plus faible. Les marchés financiers sous-estiment ce changement politique structurel», estime Ross Walker, économiste de RBS. Une victoire travailliste pourrait les surprendre. Selon Nomura, qui a sondé ses grands clients, les trois quarts d’entre eux pariaient encore le 21 avril sur les conservateurs. Une coalition avec le SNP pourrait remettre au goût du jour le sujet de l’indépendance de l’Ecosse. David Cameron, lui, a promis un référendum en 2017 sur le «Brexit».
L’arrivée au 10 Downing Street d’Ed Miliband, partisan d’une hausse de la pression fiscale sur les grandes entreprises, pèserait sur les marchés actions, selon les analystes. Deux secteurs, les banques et les services aux collectivités, menacés d’un gel des tarifs de l'énergie, sont en première ligne. «Nous estimons que la taxe sur les banques pourrait être relevée de 2,5 à 3,5 milliards de livres, indique Nomura. Il y a aussi un risque que les règles de cantonnement de la banque de détail soient renforcées sous un gouvernement Labour». Le sujet a déjà alimenté la campagne, avec l’annonce par HSBC que le groupe envisage de délocaliser son siège de Londres vers Hong Kong.
Sur les marchés de taux aussi, le résultat des élections aura un impact à moyen terme. Le Labour promet une politique budgétaire moins restrictive que celle de David Cameron, qui prévoit 30 milliards de livres d’économies en trois ans. Selon le groupe de réflexion Institute for Fiscal Studies, le programme des travaillistes entraînerait un surcroît de dette de 90 milliards à horizon 2019/2020 par rapport à celui des conservateurs. Les analystes tablent donc sur une hausse des rendements des Gilts si Ed Miliband l’emporte, mais aussi des taux courts. «En cas de politique budgétaire plus laxiste, les marchés pourraient s’attendre à une politique monétaire plus stricte de la Banque d’Angleterre sur la durée», explique RBS.
Les récents mouvements de marché sont en revanche difficiles à interpréter avec le prisme des élections: la remontée de 30 pb des taux 10 ans depuis mi-avril, à 1,84%, et l’appréciation de la livre face au dollar, de 1,46 à 1,53, s’inscrivent dans une correction plus large, visible aussi sur les actifs en euros.
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