Le risque grec revient sur le devant de la scène
L’incertitude politique à Athènes risque fort de replacer la Grèce au cœur des discussions des instances européennes et internationales dans les semaines à venir. Le chef du parti arrivé en tête, Nouvelle Démocratie, a renoncé lundi soir à former un nouveau gouvernement. Et son homologue au sein de la Coalition de gauche radicale, formation parvenue en deuxième position, a exclu mardi de se conformer au plan de sauvetage européen et a menacé de nationaliser les banques. De nouvelles élections législatives pourraient alors avoir lieu en juin. Une situation qui fait monter le risque de sortie de l’euro.
Les marchés européens ont froidement accueilli mardi ce blocage politique : le CAC 40 a cédé 2,8%, tandis que la Bourse d’Athène a reculé de 3,62% au lendemain d’une chute de 6,67%. Avec un paysage politique très morcelé, la tâche des deux partis historiques Nouvelle Démocratie, à droite, et le Pasok, à gauche, n'était pas facile. Elle a d’ailleurs semblé trop ambitieuse pour Antonis Samaras, le patron de Nouvelle Démocratie, qui a jeté l'éponge.
L’attention s’est reportée hier sur la Coalition de la gauche radicale (Syriza), dont les propos inflexibles du chef de file ont alimenté les inquiétudes. Dans ce contexte, il semble difficile de voir Syriza et le Pasok parvenir à un accord avec d’autres partis à l’assemblée dans les trois prochaines jours. Si l’un d’eux y parvient, la coalition sera fragile car elle aura «un soutien populaire très faible», relève Jesus Castillo, économiste chez Natixis. En cas d'échec, de nouvelles élections auraient lieu, au plus tôt le 10 juin.
Or, cette période d’incertitude politique intervient alors que le nouveau plan de sauvetage du pays doit commencer à se mettre en place. Après la mise à contribution du secteur privé en février dernier, la troïka, qui regroupe la Commission européenne, la BCE et le FMI, doit mener une nouvelle mission d'évaluation dans le pays en juin, préalable au déblocage de nouveaux fonds. La Grèce doit recevoir au titre du deuxième trimestre une tranche de 31,1 milliards d’euros d’après les économistes de Citi. Un total de 112 milliards d’euros doit être débloqué sur l’année, suivant le programme d’ajustement publié par la Commission en mars dernier.
En contrepartie des fonds reçus, le nouveau gouvernement devra réussir à présenter en juin un nouveau plan d'économies de 11,6 milliards d’euros sur 2013 et 2014. Les besoins financiers du pays pourraient inciter les partis à trouver une issue rapide. Le 15 mai, le Trésor doit, en théorie, rembourser 436 millions d’euros d’obligations de droit étranger que les porteurs n’ont pas apportées à l'échange, au risque de provoquer un défaut, d’un montant toutefois limité. En l’absence d’une nouvelle tranche d’aide, la Grèce pourrait aussi se trouver à court de financement d’ici à fin juin ont averti des responsables au sein du ministère grec des Finances, cités par Reuters.
Dans ce contexte difficile, le risque de sortie de l’euro augmente. D’abord, un nouvel réaménagement du plan semble à ce stade peu probable. Les économistes de RBS ne s’attendent à aucun geste significatif de la part du FMI et de l’Union européenne. Ensuite, le nouveau paysage politique grec reflète ce risque. «La hausse des votes en faveur de la gauche radicale et de l’extrême droite augmente effectivement la probabilité d’une sortie de la Grèce de la zone euro», estiment les spécialistes de Barclays Capital.
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