Le règlement sur les agences de notation se vide de sa substance
Michel Barnier avait dû faire beaucoup de concessions pour accoucher en novembre d’un troisième règlement européen en trois ans sur les agences de notation. Pas assez cependant aux yeux de nombreuses parties prenantes, qui ont donné de la voix avec succès ces derniers mois. Le texte devrait ainsi être encore un peu plus vidé de sa substance, après la réunion informelle des ministres des Finances de l’Union européenne les 30 et 31 mars à Copenhague.
Le système de rotation des agences, proposé par le commissaire européen au Marché intérieur, concentre les critiques. Les gouvernements «ont de grandes préoccupations» sur le sujet, a indiqué samedi la ministre danoise de l’Economie, Margrethe Vestager. Les services de Michel Barnier souhaiteraient que les émetteurs non souverains de dette changent d’agence de notation tous les trois ans, ou tous les six ans s’ils ont recours à deux prestataires, dans le but d’encourager l’émergence de nouveaux acteurs.
Un système difficile à mettre en œuvre en pratique, critiqué par les émetteurs eux-mêmes, d’autant que les agences n’ont pas toutes les mêmes méthodes de notation. Les ministres des Finances de l’UE ont fait valoir, eux, que le système pourrait contraindre les entreprises à recourir à des prestataires n’ayant pas les compétences requises. Le marché de la notation «n’est pas si mûr que cela», plaide Margrethe Vestager. Un discours qui ravira le trio S&P, Moody’s et Fitch.
L’Union européenne s’est dite prête ce week-end à revoir sa copie sur le rythme de rotation des agences et sur la période transitoire que l’Europe pourrait adopter avant une mise en œuvre définitive. «La rotation est un aspect de notre proposition où nous restons ouverts à de nouvelles solutions», a indiqué Michel Barnier dans un communiqué.
En raison de dissensions entre commissaires européens, le Français avait déjà dû retirer une mesure destinée à frapper les esprits: l’interdiction de noter des pays sous programme d’aide internationale. L’idée d’un régime de concentration empêchant les trois grandes agences d’en racheter une quatrième est également passée à la trappe pour être remplacée par une mesure moins contraignante sur les participations croisées.
Le Parlement européen, dont le rapporteur du projet est sur une ligne beaucoup plus offensive, espère trancher la question en commission fin mai et en séance plénière début juillet.
Plus d'articles du même thème
-
L’Af2i a remis ses prix académiques pour des recherches publiées en 2025
La commission Recherche de l’Association française des investisseurs institutionnels a distingué trois chercheurs pour des travaux qui portent cette année sur des sujets de durabilité. -
Mubadala rassure les gestionnaires d’actifs américains
Mubadala, le fonds souverain d’Abou Dabi, a réaffirmé son engagement à investir aux États-Unis à l’occasion d’une conférence mondiale organisée par le Milken Institute. -
LD Pensions recherche un gérant actions européennes
Le danois LD Pensions a lancé un appel d’offres pour la gestion de ses investissements en actions européennes. -
La France creuse le sillon de la souveraineté dans les terres rares
Bâtir une société électrifiée nécessite un approvisionnement massif et sécurisé en terres rares et minéraux critiques. Le gouvernement a décidé de soutenir financièrement la production de ces matières premières, notamment en France, et d’assurer les débouchés de la filière auprès des secteurs qui les consomment. -
Les dettes subordonnées bancaires affichent une résistance plus structurelle aux crises
La conjonction des facteurs fondamentaux, liés à la solidité des banques, et des facteurs techniques, liés notamment à la bonne collecte globale du crédit, donne l’impression, à l’occasion de ce choc pétrolier, que les dettes subordonnées comme les AT1 ont globalement réduit leur biais «risqué» par rapport aux autres classes d’actifs. -
Emmanuel Moulin est proposé comme nouveau gouverneur de la Banque de France
L'Elysée a proposé le nom d'Emmanuel Moulin pour prendre la suite de François Villeroy de Galhau au poste de gouverneur de la Banque de France. L'Assemblée et le Sénat devront maintenant se prononcer sur ce projet de nomination.
ETF à la Une
La collecte a repris sur le marché européen des ETF en avril
- Ofi Invest AM choisit un ex-Axa IM comme directeur des gestions
- Amundi excède nettement les attentes au premier trimestre 2026
- La gestion alternative liquide se trouve de nouveaux vecteurs de croissance
- BNP Paribas collecte 15,7 milliards d'euros dans sa gestion d'actifs au premier trimestre 2026
- Les gestionnaires d'actifs trouvent dans la clientèle retail un relais de croissance majeur
Contenu de nos partenaires
-
Le poids des motsEn s'attaquant à l'« assistanat », Marine Le Pen lisse ses divergences avec Jordan Bardella
En élargissant sa critique de « l’assistanat », marqueur longtemps verrouillé de son discours, Marine Le Pen amorce une redéfinition de son image politique à l’approche de 2027. Un ajustement qui réduit aussi le contraste grandissant avec Jordan Bardella -
Tête baissée« Projet Liberté » de Donald Trump : les risques du passage en force du détroit d'Ormuz
Les escortes américaines de navires commerciaux dans le passage stratégique pourraient bien les exposer encore plus aux tirs des Iraniens -
RadioscopieAudiovisuel public : mauvais rapport, bonnes questions
Aussi contestée soit-elle, la croisade menée par le rapporteur UDR de la commission d’enquête, Charles Alloncle, aura eu un mérite : mettre fin à l’immunité dont jouissaient France Télévisions et Radio France