Le redressement des économies passe par un partenariat public privé
Six ans après la crise financière, la reprise économique reste fragile, lorsqu’elle est seulement au rendez-vous. Les dirigeants politiques s’inquiètent. Les économistes et les responsables d’entreprises doutent. Plus de 230 d’entre eux, venus de 35 pays, étaient réunis du 4 au 6 juillet dans le cadre des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence, à l’initiative du Cercle des économistes. Objectif? Sortir les économies avancées de l’enlisement, lutter contre la désindustrialisation, la montée du chômage et les inégalités. Thèmes centraux des débats, la relance de l’investissement et de l’innovation, mais aussi les moyens de la financer.
« Nous ne sommes pas très loin d’une destruction de l’éco-système social», s’est alarmé Georges Plassat, pdg de Carrefour. Comme en écho, Jacques Mistral, membre du Cercle des économistes, admet : « C’est la déception, nous attendons toujours que les économies avancées retrouvent leur tendance de long terme ». Du côté des entreprises, « c’est l’attentisme », dit-il, alors que les 2000 plus grosses disposent de 4500 milliards de dollars d’actifs liquides. Pour leur part les Etats impécunieux privilégient la résorption de leur déficit « avec des conséquences désastreuses sur la consommation», fustige Kevin O’Rourke, économiste au Trinity college Dublin. Les experts les plus pessimistes citent Larry Summers qui prédi « une stagnation séculaire ».
Au fil des débats, auxquels assistaient 3000 personnes, la nécessité d’investir s’est imposée. Prenant l’exemple de la transition énergétique, Gérard Mestrallet, pdg de GDF Suez, a rappelé qu’ « il faudra investir 53.000 milliards d’euros au cours des prochaines décennies selon l’Agence internationale de l’énergie ». Parmi ses 10 recommandations finales (http://bit.ly/1qNciuM), le Cercle des Economistes préconise de « partager les risques entre les partenaires privés et public pour pallier l’aversion au risque » des investisseurs. Il propose aussi d’ « adopter au niveau européen, une politique d’investissements dans les infrastructures et les secteurs porteurs de croissance ». Et d’ « orienter l’épargne vers l’investissement productif et le financement des entreprises ».
Pour sortir du dilemme politique de la demande versus politique de l’offre, Jean Gandois, ancien commissaire à l’investissement, propose d’ investir dans le logement dont la relance est sans risque pour la balance commerciale, répond à un véritable besoin et redynamiserait l’économie d’un pays comme la France.
« Investir oui, mais pour innover et pas pour multiplier les autoroutes au milieux de nulle part », a objecté Kevin O’Rourke. Il a souligné que « l’Europe a un retard à combler dans les technologies informatiques, la fibre optique, les réseaux à haut débit », estimant que ces investissements sont lourds et nécessitent l’intervention de la puissance publique « qui ne doit plus être empêchée par Bruxelles ».
Plaidant aussi pour un retour de l’Etat dans le jeu industriel, la chercheuse américaine du MIT, Suzanne Berger, dénonce les « défaillances du marché qui empêchent les start up de se développer et les innovations d’atteindre le stade de biens commercialisables ». Conséquence, les Etats-Unis sont privés de gains de productivité et d’emplois. Selon cette économiste, ces défaillances remontent aux années 1980 lorsque les entreprises ont misé sur la sous-traitance, se sont débarrassées de leurs usines, ont réduit leurs efforts de recherche fondamentale, cessé de financer la commercialisation de leurs innovations et la formation de leurs personnels.
Plus nuancé, Jacques Mistral, a souligné que « la révolution technologique que nous vivons, ne génère pas pour l’instant les vagues d’investissements et d’emplois observées lors des précédentes révolutions ». Sa crainte, que la phase de transition actuelle soit très longue.
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