Le projet de loi de Finances 2013 fait la part belle aux hausses d’impôt
Présenté comme «sans précédent» et «historique», le premier budget de la nouvelle législature présenté en Conseil des ministres vendredi prévoit un effort global de 37 milliards d’euros pour 2013, afin de ramener le déficit public de 4,5% à 3% du PIB en un an en dépit d’une croissance atone. En sus des 4,4 milliards déjà votés durant l’été dans la loi de Finances rectificative, il introduit 20 milliards de prélèvements nouveaux répartis à égalité sur les ménages et les entreprises. Par ailleurs, 10 milliards d'économies seront réalisées sur les dépenses de l’Etat et 2,5 milliards sur les dépenses d’assurance maladie. Cette dernière source d’économies est incluse dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui doit être présenté aujourd’hui.
Dans le détail, un effort de 6,2 milliards d’euros sera demandé aux ménages. Cela se traduira tout d’abord par un alourdissement de la fiscalité sur les revenus du capital. Le prélèvement libératoire sur les dividendes et intérêts sera supprimé, ces revenus étant désormais soumis au barème progressif de l’IR, ce qui devrait rapporter 2 milliard d’euros. La soumission des plus-values immobilières, auparavant taxées à 19%, au barème de l’IR, rapportera également 1 milliard d’euros à partir de l’an prochain. Le plafonnement du quotient familial rapportera 490 millions, tandis que la création d’une tranche à 45%, pour les revenus supérieurs à 150.000 euros par part, fera rentrer dans les caisses de l’Etat 320 millions.
Selon les simulations de Bercy, cette réforme fiscale, censée rétablir la progressivité de l’impôt, va augmenter les prélèvements de 4,1 millions de foyers, parmi les plus aisés, et alléger ceux de 8,5 millions d’autres. L’assiette de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est par ailleurs réformée, avec un seuil qui restera à 1,31 milliard d’euros, ce qui rapportera un milliard d’euros. La contribution exceptionnelle à 75% sur les revenus d’activité supérieurs à un million d’euros apportera environ 200 millions. Un plafonnement sera rétabli pour éviter que le cumul des impôts directs ne dépasse les trois quarts des revenus d’un contribuable.
L’alourdissement des prélèvements sur les entreprises se concentrera sur les plus grandes d’entre elles, à travers un coup de rabot de 7 milliards d’euros portant sur plusieurs niches fiscales. La limitation de la déductibilité des intérêts d’emprunt à 85% l’an prochain devrait ainsi rapporter 4 milliards, tandis que la modification de la niche Copé, qui permettait aux holdings de céder des titres de participation sans acquitter de plus-values à long terme, devrait avoir un rendement de 2 milliards. L’aménagement du report en avant de déficits antérieurs sur les bénéfices des sociétés aura un rendement estimé à 1 milliard.
Ces mesures visent à «réduire de 30%» l'écart qui voit aujourd’hui les grands groupes bénéficier d’un taux d’impôt sur les sociétés inférieur de 20 points à celui des petites et moyennes entreprises (PME). Le durcissement du régime des acomptes de l’impôt sur les sociétés, qui s’appliquera aux exercices ouverts à partir du 1er janvier 2013, générera 1 milliard de recettes supplémentaires. Une taxation supplémentaire de 7% est instituée sur la réserve de capitalisation des assureurs; cette contribution non déductible du résultat imposable rapportera 800 millions.
Les économies de 10 milliards d’euros sur le budget de l’Etat proviendront de 5 grandes sources. Un meilleur contrôle des dépenses de fonctionnement (stabilité de la masse salariale et baisse moyenne de 5% des crédits des ministères) y contribuera à hauteur de 2,8 milliards, tandis que les crédits de la défense (loi de programmation militaire) y contribueront pour 2,2 milliards. Un plus grand ciblage des interventions économiques et sociales de l’Etat rapportera 2 milliards supplémentaires, tandis que les collectivités territoriales participeront à l’effort de redressement pour 1,8 milliard. Enfin 1,2 milliard d’investissements seront décalés ou abandonnés, notamment dans les infrastructures ou les transports.
L’hypothèse de croissance de 0,8% retenue en 2013 pour préparer ce budget est «volontariste», a indiqué le ministre de l’économie Pierre Moscovici, en ajoutant qu’elle reposait également sur un espoir de stabilité retrouvée de la zone euro. Ce volontarisme s’applique également aux années suivantes, qui supposent une hausse annuelle du PIB de 2%. Malgré cela, le niveau de 0,3% de déficit public par rapport au PIB prévu à l’horizon 2017 (cf. graphique) fait ressortir un léger écart par rapport au strict équilibre indiqué par François Hollande avant son élection.
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Paris - Alors qu’il fourbit ses armes en vue de la présidentielle, Edouard Philippe fait désormais l’objet d’une enquête menée par un juge d’instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d’intérêt et concussion au Havre, ville dont il est maire. Une lanceuse d’alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile. Sollicité par l’AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d’instruction et de lui désigner un périmètre d’enquête. La lanceuse d’alerte, «Judith» (prénom modifié), «se félicite de l’ouverture d’une information judiciaire sur les faits qu’elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d’instruction», a réagi auprès de l’AFP son avocat Jérôme Karsenti. Les faits sont contestés depuis le début par l’ex-Premier ministre et actuel maire Horizons du Havre, dans les starting blocks pour la présidentielle. Edouard Philippe «prend acte de l’ouverture d’une information judiciaire. Il l’apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice comme il l’a toujours fait de façon très sereine», a réagi auprès de l’AFP son entourage dans la Communauté urbaine Le Havre Seine Métropole. Contacté par l’AFP, son avocat Emmanuel Marsigny n’a pas souhaité faire de commentaire. Contrat pas renouvelé Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l’innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise. La plainte consultée par l’AFP estimait que le juge d’instruction devait «apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique», un tiers-lieu d’innovation. Après ses alertes, la haute fonctionnaire s'était plainte d’avoir été écartée et harcelée moralement. Son contrat n’a pas été renouvelé. Les soupçons portent sur une convention d’objectifs pluriannuelle pour l’animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l’association LH French Tech. LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d’intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d’un service d’intérêt économique général (SIEG). L’association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d’euros de compensation de service public pour mener des projets. Le conflit d’intérêts «semble absolument évident», a considéré à l'époque la lanceuse d’alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023. «Opacité» «C’est le maire et son adjointe» qui, en tant que présidente de l’association, allaient «avoir la main sur des sommes considérables» pour «des activités qui peuvent concerner ses fonctions à la ville», soulignait-elle. Sur le moment, elle s'était étonnée qu’Edouard Philippe, conseiller d’Etat, n’ait pas suspecté d’irrégularités. Elle assure avoir découvert plus tard que les services juridiques avaient alerté en vain sur un possible favoritisme. Cette haute fonctionnaire avait obtenu le statut de lanceuse d’alerte en janvier 2025, contesté par Edouard Philippe. A la communauté urbaine, la Cité numérique fut «tout de suite» désignée à la lanceuse d’alerte «comme un dossier principal», relatait-elle. Mais «dès les premiers mois», elle a constaté «une opacité dans la gestion de l’association» et ne comprenait pas son activité. Elle racontait qu’on lui avait fourni «des réponses très vagues sur les dépenses, la trajectoire financière», lui reprochant «des velléités d’ingérence». Fin 2021, obtenant finalement des chiffres, elle affirmait découvrir le «très faible niveau d’activité» de la Cité numérique mais surtout «la masse salariale» composée «de jeunes salariés» qui faisaient «un peu tout» pour «des salaires bruts au-delà de 60 voire 70.000" euros. L’association sera placée en liquidation judiciaire en 2023. Philippe GRELARD et Céline CORNU © Agence France-Presse