Le programme grec à nouveau sur les rails
Il a fallu à nouveau une douzaine d’heures de discussions à l’Eurogroupe pour arriver à sortir le programme d’aide à la Grèce de l’impasse dans laquelle il se trouvait depuis l’été. Aux termes de cet accord, Athènes devrait recevoir le 13 décembre une première enveloppe de 34,4 milliards dont 23,8 milliards pour ses banques. Mais le Fonds monétaire international conditionne le versement de son aide à la réussite de l’opération de rachat d’obligations qui constitue une part significative de l’allègement de dette.
Le président de l’Eurogroupe Jean-Claude Juncker et la directrice générale du FMI Christine Lagarde n’ont pas fait mystère des difficultés surmontées. Le FMI qui demandait aux bailleurs européens de la Grèce de faire un effort pour lui permettre de revenir sur une trajectoire de dette soutenable a finalement consenti un effort: l’objectif de ratio de dettes sur PIB a été rehaussé de 120% à 124% en 2020. Cela représente une réduction du stock actuel de dette de 20 points de PIB. Mais en contrepartie, le FMI veut voir celui-ci descendre «substantiellement en dessous de 110%» en 2022, ce qui suppose des mesures supplémentaires.
La première échéance de 2020 doit être satisfaite au moyen d’un cocktail de mesures discutées depuis des semaines. D’abord les Etats vont rétrocéder à la Grèce les profits réalisés sur les titres détenus par la BCE et arrivant à maturité. Ces gains représentent environ 4 milliards en 2013 et 2014, 3 milliards les deux années suivantes et permettent de réduire la dette de 5 points de PIB à la fin de la période. Les quelques 15 points de PIB de dettes restant seront éliminés essentiellement au moyen de deux opérations. La première consiste dans un allongement des maturités des prêts bilatéraux de 15 ans, doublé d’un report du paiement des intérêts de 10 ans sur les prêts du Fonds européen de stabilité, et dans une réduction de 100 points de base des taux sur les prêts bilatéraux du premier programme.
L’autre opération, la plus délicate à mener, consiste en une opération de rachats de titres encore sur le marché dont l’ampleur et l’impact n’ont pas été précisés pour des raisons évidentes. Le communiqué de l’Eurogroupe précise toutefois que le prix de rachat ne pourra être supérieur au cours du 23 novembre. L’ensemble de ces mesures et le versement de 43,7 milliards de fonds (dont 34,4 milliards en décembre) est toutefois étroitement conditionné à la réalisation du programme de réforme demandé par la troïka.
«Je demanderai le déboursement des fonds au conseil d’administration dès que le rachat aura été réalisé» et que son impact réel sur la trajectoire de dette aura pu être vérifié, a précisé de son côté la directrice générale du FMI, soulignant la forte conditionnalité de la poursuite de sa participation. Cette dernière est pourtant un «must» pour des pays comme l’Allemagne ou les Pays-Bas où le contrôle parlementaire sur le programme est étroit.
Un certain flou entoure la manière dont la Grèce pourra atteindre l’objectif suivant de moins de 110% du PIB de dettes en 2022. C’est la partie en creux de l’accord de cette nuit. Par cet engagement, le FMI a obtenu la promesse des gouvernements européens qu’ils reconsidèrent un nouvel allègement de dette en faveur de la Grèce, sans les obliger à en préciser dès à présent les conditions.
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