Le président de la Banque nationale de Suisse est la cible d’une polémique

Philipp Hildebrand s’exprime aujourd’hui sur un délit d’initié dont il est accusé pour des opérations de change effectuées à titre privé
Marc Guéniat, à Genève

Le président du directoire de la Banque nationale suisse (BNS), Philipp Hildebrand, va-t-il démissionner ? La Suisse se pose la question alors qu’il va s’exprimer aujourd’hui pour la première fois sur le soupçon de délit d’initié dont il fait l’objet.

La BNS avait pourtant cru balayer les «rumeurs infondées» en diffusant, le 23 décembre, un communiqué de presse concernant des achats en dollars effectués à titre privé par le couple Hildebrand peu avant la décision d’instaurer un taux plancher de 1,20 entre l’euro et franc suisse. Une intervention qui a affecté par ricochet le cours de la devise helvétique face au billet vert. Les conclusions de l’institut d'émission reposent sur un audit de PricewaterhouseCoopers.

Le couple a réalisé plusieurs achats de dollars entre mars et octobre 2011. Averti, le contrôle interne de la BNS n’a rien trouvé à y redire. Ancienne trader, l'épouse, Kashya Hildebrand, dit avoir voulu profiter du niveau «ridiculement bas» du dollar. L’argent provient de la vente d’un chalet familial.

Rendu public hier sous la pression des médias, le règlement interne de la BNS prévoit qu’au moins six mois doivent s'écouler entre l’achat et la vente de devises. La question est donc de savoir si le couple s’est servi, pour l’acquisition d’un nouveau chalet en octobre, d’une opération effectuée en août. Philipp Hildebrand aurait alors bien violé le règlement.

C’est Christoph Blocher, leader du parti populiste de l’UDC et farouche adversaire du président de la BNS, qui se trouve à l’origine de cette affaire aux relents de règlement de compte politique. Il a obtenu les documents pour l’accuser, violant au passage le secret bancaire. Un employé de la banque Sarasin s’est dénoncé à la police après avoir remis les documents à un «avocat proche de l’UDC». Ce même employé a déposé plainte contre Philipp Hildebrand pour délit d’initié. La banque privée s’est excusée publiquement et a déploré «le détournement de données confidentielles dans un but politique».

Au-delà du fait divers, nul ne peut encore dire dans quelle mesure la BNS serait déstabilisée si Philipp Hildebrand ne parvenait pas à se justifier de façon convaincante. Une perte de crédibilité de l’institut ébranlerait fortement l'économie suisse qui, très orientée vers le marché européen, dépend pour beaucoup du taux plancher fixé en septembre par le banquier central. Le marché des changes n’a guère bougé sur la nouvelle hier.

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