Le marché primaire des obligations sécurisées frôle l’indigestion
Abbey National et le Crédit Agricole ont dû renoncer à venir sur le marché. Les émissions devraient cependant se poursuivre
Publié le
Violaine Le Gall
Les émetteurs d’obligations sécurisées se sont précipités sur le marché primaire depuis le début de l’année. Du coup, pas moins de 22 milliards d’euros d’obligations sécurisées ont déjà été placées en Europe. En 2009, il avait fallu cinq mois pour atteindre ce volume d’activité.
Compte tenu de ce niveau exceptionnel, le marché frôle l’indigestion. La semaine dernière, deux banques ont été contraintes de renoncer aux émissions qu’elles avaient planifiées. Abbey National et Crédit Agricole n’ont finalement pas placé leurs titres. Des déconvenues qui seraient dues à un prix jugé trop agressif à un moment où les investisseurs avaient déjà été très sollicités.
«L’appétit des investisseurs pour les covered bonds est toujours bien réel mais, compte tenu du flux d’émissions sur le marché, les acheteurs savent qu’ils peuvent être sélectifs. Ils disposent de moyens de pression pour obtenir des conditions raisonnables», analyse Alain Gallois, responsable du marché primaire obligataire chez Natixis. «Dans ce contexte, les banques pourront difficilement émettre des obligations sécurisées sans offrir de prime par rapport au marché», ajoute Laurence Ribot, responsable de la syndication sur les covered bonds chez Natixis.
Conséquence de l’embouteillage sur le marché primaire, la majorité des émissions lancées depuis le début de l’année affichent des performances légèrement négatives. Le marché secondaire suit le même mouvement. «Les spreads se sont élargis de 2 à 3 points de base sur la quasi-totalité des segments», précisent les stratégistes de la Société Générale. La contre-performance du marché s’explique aussi par des annonces défavorables aux financières, telles que l’avertissement sur les résultats de Société Générale et la publication des comptes de JPMorgan.
L’activité primaire ne s’est pas pour autant arrêtée. D’autres opérations ont eu lieu depuis les annulations d’Abbey National et Crédit Agricole. Par ailleurs, de nombreux émetteurs, de nationalités très variées, prévoient encore de venir sur le marché. D’ici la mi-année, le marché sera toujours soutenu par le programme de rachat de titres de la BCE, réalisé pour moitié (30 milliards). Il bénéficiera enfin de l’arrivée à échéance de nombreux titres. Les remboursements atteindront 157 milliards d’euros en 2010 contre 107 milliards l’an dernier.
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