Le marché n’anticipe pas d’intervention surprise de la BCE

Alors que l’institution européenne n’a pas réagi au geste de la Fed, l'écartement du différentiel de taux avec les Etats-Unis a soutenu l’euro hier
Tân Le Quang

Focalisée sur l’inflation, la BCE s’est abstenue hier de commenter les gestes de soutien monétaire de la Fed et de la Banque du Canada. Un membre du Conseil de la BCE, Vitor Constancio, a estimé que le ralentissement économique des Etats-Unis affectera la croissance en Europe, mais que la politique monétaire ne réagissait pas aux marchés actions. « Ce qui se passe dans l’économie réelle est important car cela affectera l’inflation future », a-t-il déclaré dans une conférence.

Pourtant, la divergence entre politiques monétaires risque de peser davantage sur la croissance en zone euro, le différentiel de taux entre les Etats-Unis et la zone euro constituant un facteur de soutien à l’euro. Hier l’euro/dollar a atteint un plus haut en séance de 1,4641, contre 1,45 avant l’annonce de la Fed. La banque ING voit la parité dans la fourchette de 1,43/1,49 au premier trimestre 2008 et estime qu’elle « ne devrait pas passer en dessous de la fourchette basse tant que Jean-Claude Trichet ne commencera pas à reconnaître les risques baissiers sur la croissance européenne ». Ce sont à présent 50 points de base qui séparent les Fed funds du taux de refinancement en zone euro. Par ailleurs, les taux des titres d’Etat américains à 2 ans traitaient à 2,12 %, contre 3,38 % pour le Bund de même échéance. A 10 ans, les Treasuries offraient des rendements de 3,541 %, bien en dessous des 3,982 % de leurs homologues allemands.

Toutefois, le marché n’anticipait hier toujours pas d’intervention rapide de la BCE, ne voyant qu’une baisse de 25 pb du taux refi en juin prochain et de 75 pb d’ici à 12 mois. Cela étant, certains estiment qu’un effet de surprise permettrait aux marchés actions européens de regagner en confiance. Royal Bank of Scotland évoque dans une note la chute de 18 % de l’indice DAX depuis la fin 2007, un mouvement suffisamment large pour affecter l’économie ces prochains mois. « Si une baisse de 75 pb des taux de la Fed est une surprise en termes de calendrier, les anticipations de marchés envisageaient déjà l’idée d’un geste ce mois-ci ». Pour preuve, le Dow Jones baissait hier de 1,29 % à mi-séance. Sur ce point, RBS estime que la BCE a de la place pour surprendre le marché vu que le scénario d’une baisse de 50 pb est très peu partagé sur le marché. En bref, plus la BCE attend, plus les anticipations de baisses des taux augmentent, et d’elles-mêmes, limitent l’effet de surprise.

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