La Fed a dû porter de 60 à 100 milliards de dollars la taille de ses prochaines injections de liquidité, pour faire face à un regain de tension
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Alexandre Garabedian
Au moment même où certains évoquaient une normalisation complète du marché interbancaire, ce dernier connaît un nouvel accès de faiblesse. L’Euribor 3 mois s’est ainsi tendu de 10 points de base (pb) en deux jours à 4,50%, contre un point bas de l’année à 4,28% le 23 janvier, portant l’écart avec l’Eonia à 47 pb. Depuis cette date, le spread équivalent sur le Libor dollar n’a cessé d’augmenter lui aussi, à plus de 80 pb. «Des pressions accrues sur la liquidité» qui ont même poussé vendredi la Réserve fédérale à porter de 60 à 100 milliards de dollars le montant de ses prochaines adjudications.
Doit-on pour autant s’attendre à retrouver les précédents pics du mois d’août et de fin d’année ? «Le marché interbancaire fonctionne normalement sur les échéances courtes, grâce au travail accompli par les banques centrales, jugeait encore un banquier français en milieu de semaine dernière. C’est sur les échéances longues, au-delà de deux ans, que la liquidité se fait rare et chère.» L’élargissement des spreads est de nature différente par rapport à 2007 : à l’été et à l’automne, l’écart entre les taux à terme et au jour le jour reflétait avant tout une prime de liquidité, liée à une restriction brutale de l’argent que les banques se prêtaient les unes aux autres. Ce même écart s’expliquerait aujourd’hui pour l’essentiel par une prime de crédit qui résulte du fort écartement des CDS (credit default swaps) des banques, selon les analystes de BNP Paribas.
«Le phénomène traduit une globalisation de la crise, explique Nathalie Fillet, à la recherche taux de BNP Paribas. Aucun segment de marché n’est épargné, comme le montre par exemple l’écartement très fort des rendements entre titres d’Etat de la zone euro la semaine dernière.» Vendredi, l’écart de rendement des OAT 10 ans par rapport au Bund de même échéance a ainsi atteint 25 pb, sans raison fondamentale. Le spread entre la dette de l’Italie et de l’Allemagne a même touché un niveau record depuis la création de l’euro, à 65 pb.
Seule certitude, personne ne s’attend à ce que les spreads interbancaires retrouvent les niveaux qui étaient les leurs avant la crise. «Ils devraient rester élevés jusqu’à ce que l’on y voie plus clair sur les perspectives économiques et financières mondiales», estiment les analystes de Citigroup.
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