Le marché du crédit juge le dispositif de liquidité de la Fed insuffisant
L’initiative de mardi n’a provoqué qu’une timide embellie sur le marché du crédit alors qu’elle a été plébiscitée par les marchés actions
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Tân Le Quang
Si l’annonce mardi du nouveau dispositif de liquidités des banques centrales (avec la Fed en première ligne) a permis aux bourses mondiales d’effacer quasiment leurs pertes enregistrées depuis le 4 mars, ce geste n’a pas provoqué la même embellie sur le marché du crédit. Alors qu’aux yeux de Lehman Brothers, «la liquidité supplémentaire devrait soutenir les financières de grande qualité et les courtiers en particulier»et «favoriser à court terme le «deleveraging» du marché», la baisse des indices européens de crédit est restée modérée. Ces deux derniers jours, l’iTraxx Senior Financial et l’iTraxx Subordinated Financial n’ont reculé que de 4,6 % et de 2 % alors qu’ils avaient flambé de 27 % et 31 % la semaine passée. Le Crossover (signatures high yield) a corrigé de 5 % depuis mardi, mais flirte toujours avec le seuil des 600 pb. De plus, le marché monétaire européen a fait l’impasse sur le plan de la Fed, l’écart entre l’Euribor 3 mois et le taux refi restant figé à 60 pb.
«Alors que les actions n’intègrent pas encore complètement une récession, les marchés de crédit eux anticipent un arrière-plan macroéconomique significativement plus mauvais», explique UBS. Selon la banque suisse, la corrélation des rendements entre marchés actions/crédit est tombée à 50 % en février, contre 72 % sur la période septembre 2007-janvier 2008, indiquant un découplage. Elle note que «l’univers des notations «investissement» intègre déjà un taux de défaut cumulatif sur 5 ans de 12 %. Cela représente 2,2 fois le plus mauvais chiffre historique enregistré par Moody’s sur les 38 dernières années».
De son côté, Calyon estime que la réaction des indices de crédit «a été soutenue par des prises de bénéfices sur des positions vendeuses plutôt que par la conviction que la décision de la Fed aura un impact à long terme sur la liquidité». Pour Lehman Brothers, «dans le contexte de crise mondiale de liquidité actuelle, cette initiative ne suffira pas». En l’absence d’autres actions coordonnées, les liquidités additionnelles seront très vite absorbées par les marchés. D’ailleurs, la politique de baisses des Fed funds engagée en septembre dernier n’a pas été un réel soutien au marché du crédit américain, l’indice CDX IG (CDS de notations investissement) n’ayant cessé de se dégrader. Il se traitait hier à 95 contre 105 en septembre alors que son spread a doublé et dépasse les 100 pb.
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