Le marché du crédit à l’épreuve de la baisse des rendements
Dans un marché très calme, les sociétés sans notation ont été les rares émetteurs à solliciter les investisseurs la semaine dernière. Le groupe de spiritueux Campari a émis 350 millions d’euros de dette tandis que le chimiste Evonik, considéré comme un émetteur high yield, a emprunté 750 millions d’euros. Offrant des spreads élevés, ces sociétés non notées sont parvenues à attirer les investisseurs. L’opération de Campari a ainsi été souscrite neuf fois.
A l’image de la semaine dernière, l’offre des émetteurs notés devrait diminuer d’ici la fin de l’année. «Les grands groupes classés dans le haut de la catégorie investment grade ont amassé des liquidités très importantes et leurs besoins de financement sont à présent beaucoup moins pressants», expliquent les stratégistes crédit de Société Générale qui tablent sur 275 milliards d’euros d’émissions non financières cette année. 230 milliards ont déjà été placés depuis le début de l’année, contre 115 milliards d’euros sur l’ensemble de 2008, les émetteurs ayant fait appel aux investisseurs pour compenser la baisse de l’offre bancaire. Du coup, en 2009, pour la première fois, le volume des émissions obligataires en Europe est sur le point de dépasser celui des crédits syndiqués. L’an prochain, si les banques prêtent davantage, l’activité sur le marché primaire obligataire pourrait diminuer.
La demande des investisseurs pourrait baisser elle aussi. La crise s’éloignant, les spreads se sont rétrécis très nettement depuis l’été. Du coup, les rendements offerts baissent. Ils s’élèvent à présent à 4 % en moyenne d’après Société Générale. Le surplus de rémunération du crédit par rapport aux emprunts d’Etat devient donc moins notable. Ce serait d’autant plus le cas si les taux augmentaient. «S’ils progressent de 50 points de base (pb) et si les spreads sur les obligations «BBB» se resserrent de 50 pb, la part de rendement apportée par la marge de crédit sera ramenée de 30 % actuellement à 15 %, ce qui rendra le crédit beaucoup moins attrayant», soulignent les stratégistes de Barclays Capital. Le marché actions pourrait aussi capter les investisseurs qui se sont intéressés cette année au crédit.
Dans ce contexte, Barclays Capital anticipe une poursuite du resserrement des spreads, mais bien plus progressif que ces derniers mois et n’écarte pas le risque d’une correction, en particulier en 2010.
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