L’opération ne doit pas peser sur les finances de l’Etat portugais ni sur les contribuables
Publié le
Solenn Poullennec
Banco Espirito Santo - Photo Bloomberg
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Le sauvetage à 4,9 milliards d’euros de Banco Espirito Santo (BES), qui prévoit une mise à contribution des actionnaires et des créanciers subordonnés du groupe bancaire portugais mais épargne ses déposants et ses créanciers seniors, n’a pas provoqué d’onde de choc sur les marchés financiers européens. Hier après-midi, le rendement des titres souverains portugais à 10 ans se détendait même de 7,5 points de base à 3,6% et l’indice actions portugais PSI 20 était en très légère hausse à 0,98%.
La résolution ordonnée de BES «est intervenue plus tôt qu’attendu, illustrant la difficulté à lever du capital privé en peu de temps», réagissaient hier les analystes de RBS. Cependant, «les risques de contagion au marché obligataire portugais, y compris à d’autres banques, restent limités». Les indices de CDS Itraxx sur la dette subordonnée et senior des institutions financières européennes se détendaient même de quelques points de base.
«Au total, la résolution de BES est un signal positif pour le régime transitoire de gestion des crises bancaires puisque la banque centrale (en tant qu’autorité de résolution) est parvenue à prendre une décision en 48 heures, en limitant les risques de contagion», soulignent les économistes de Natixis. Au printemps, l’Union a adopté une directive sur les résolutions (BRRD) qui prévoit la mise à contribution des actionnaires, des créanciers (subordonnés et seniors) ainsi que de certains déposants. La législation ne doit cependant s’appliquer qu’en 2016.
L’agence de notation Fitch estime que le cas de BES est particulier et que les «risques de contagion sont aujourd’hui réduits». La résolution de la banque ne remet pas en cause la note du pays, aujourd’hui fixée à BB+, sachant que le gouvernement a utilisé des fonds qui étaient déjà mis de côté. Cependant, «l’installation de Novo Banco va réduire significativement les réserves de cash, autour de 2 milliards d’euros», assure l’agence. Le pays devra donc faire face aux résultats de l’analyse des bilans des banques et des stress tests menés par la Banque centrale européenne avec des bases financières moins solides qu’attendu.
«Le cas de BES montre que le niveau élevé de la dette des entreprises (plus de 130% du PIB) continue à représenter un risque pour la reprise en cours au Portugal», selon la recherche de Citi. «Cependant, nous croyons que l’économie est aujourd’hui sur des bases plus solides qu’elle ne l’était il y a quelques années et est davantage capable de supporter ces chocs.»
Après que BES a publié la semaine dernière des pertes semestrielles bien supérieures aux attentes à 3,6 milliards d’euros, la banque centrale du Portugal a annoncé dimanche soir que le groupe serait scindé en deux. Les actifs toxiques seront logés dans une structure de défaisance (bad bank) dont les pertes seront supportées par les actionnaires et les créanciers subordonnés tandis que les actifs sains seront circonscrits au sein d’une nouvelle entité: «Novo Banco».
La banque centrale portugaise a souligné que l’Etat ne «supportera aucun coût» dans la mesure où Novo Banco bénéficiera d’une injection de capital de 4,9 milliards d’euros du fonds de résolution portugais. Créé en 2012 et encore insuffisamment abondé par les banques, il doit bénéficier d’un prêt de 4,4 milliards d’euros de l’Etat qui a pu utiliser, pour le fournir, des fonds restants du plan d’aide désormais clos de l’Union et du FMI.
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