Le marasme touchera la plupart des secteurs industriels français cette année
Près de 80% des 33 secteurs analysés par le Crédit Agricole devraient connaître en 2012 une variation d’activité comprise entre -2% et 2%
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Yves-Marc Le Reour
Le cycle de croissance auto-entretenue sur lequel tablaient en juillet dernier les économistes du Crédit Agricole (CA)-LCL pour 2012 en France n’est plus d’actualité. Le retour au premier plan de la crise des dettes souveraines en Europe, la reprise encore fragile aux Etats-Unis et une baisse du rythme de croissance dans les pays émergents devraient conduire à une poursuite de l’attentisme des entreprises en matière d’investissements, pronostique la banque française dans ses dernières perspectives économiques et sectorielles.
«La situation financière des entreprises reste tendue dans un contexte de profitabilité détériorée, de hausse de la fiscalité et, pour les plus petites d’entres elles, de difficultés de financement», souligne Olivier Eluère, économiste au CA. Ceci devrait entraîner un mouvement de restockage d’autant plus limité que le niveau atteint fin 2011 devrait suffire à satisfaire une demande finale dont la visibilité est faible. La variation des stocks devrait donc apporter une contribution négative de 0,6% à la croissance du PIB, contrairement au commerce extérieur (+0,3%).
En dépit de l’affaiblissement de l’euro, ce solde positif sera davantage lié au freinage des importations qu’au dynamisme d’exportations largement orientées vers une zone euro dont la croissance devrait être nulle en 2012. Le scénario retenu d’une résilience de la consommation des ménages français repose sur une inflation plus faible (+1,7% après +2,1% en 2011), qui contribuerait à stabiliser le pouvoir d’achat en compensant le ralentissement du revenu brut disponible (+1,8% contre +3,4%). Celui-ci devrait être pénalisé par une décélération de la masse salariale liée à la hausse du taux de chômage qui s’élèverait à 9,7% l’été prochain.
Après une croissance moyenne de 1,6% en 2011, l’économie française devrait donc être, selon CA-LCL, en quasi-stagnation cette année (+0,2%), avec un aléa baissier important sur ces prévisions. Dans cet environnement morose, les prévisions d’activité des différents secteurs «atteignent un niveau d’incertitude peu commun», relève Bernard Monsigny, ingénieur conseil au département des études industrielles du CA. On notera tout d’abord le niveau de dispersion particulièrement faible de ces prévisions (voir graphique), puisque 26 des 33 secteurs analysés devraient enregistrer cette année une variation d’activité comprise entre -2% et +2%.
Parmi les rares segments à la hausse, on trouve les engrais, portés par la mise en service de nouvelles unités et une demande toujours soutenue dans les pays émergents, ce qui contraste avec le reste du secteur chimique et la plupart des autres biens intermédiaires. La mécanique de précision (matériel médico-chirurgical ou optique) bénéficie d’amplitudes cycliques assez limitées, tandis que les équipements mécaniques profitent de «l’important décalage existant entre les cycles d’investissements et de consommation». La pharmacie verra son expansion bridée par l’encadrement grandissant des dépenses de santé dans de nombreux pays développés.
Un repli limité est attendu dans le BTP en raison d’une plus grande sélectivité des crédits, d’une diminution des aides au logement et de travaux d’infrastructures affectés par les contraintes budgétaires des collectivités locales. Le retard des investissements dans les réseaux télécoms explique la contraction anticipée de ce secteur en 2012. Mais la palme de la baisse devrait revenir à l’industrie automobile qui souffrira d’une demande en berne, entraînant un recul des immatriculations en France et une guerre des prix renforcée par un mix produits défavorable.
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