Le Luxembourg prend date auprès des acteurs de la finance islamique

La première émission de sukuk du pays, réalisée hier, vise à positionner le Grand-Duché comme une place de référence sur ce segment en Europe
Alexandre Garabedian

C’est une innovation à double titre pour le marché des sukuks. Le Luxembourg a placé hier 200 millions d’euros d’obligations conformes au droit islamique, les premières de son histoire, et les premières aussi d’un Etat souverain libellées en euros. Comme la Grande-Bretagne, qui avait placé 200 millions de livres de sukuks avant l’été, le pays prend date auprès des acteurs de la finance islamique.

Du point de vue strictement financier, l’intérêt de l’opération est quasi-nul. Le Luxembourg ne se finance que très rarement sur les marchés. De même que pour le Royaume-Uni, les sommes en jeu restaient symboliques comparées aux besoins du pays. La transaction d’hier fait ressortir un rendement de 0,436% à 5 ans, et une prime d’émission de 8 à 10 points de base par rapport à la courbe du Grand-Duché, équivalente à celle qu’il aurait dû offrir pour un opération conventionnelle. A l’image de Londres, le Luxembourg cherche avant tout à se positionner comme un centre de la finance islamique en Europe et attirer de nouvelles sources de capitaux pour son industrie financière.

La charia interdisant les intérêts, le sukuk nécessite une ingénierie compliquée. Le Grand-Duché du Luxembourg a cédé des immeubles à un véhicule ad hoc, émetteur des obligations. Ce SPV touche des loyers de la part de l’Etat et peut ainsi rémunérer les souscripteurs des titres.

«C’est une opération éminemment politique. Pour un Etat souverain en Europe, vendre des biens qui lui appartiennent à un véhicule spécial nécessite de changer la loi et donc de passer par la voie parlementaire», souligne Frédéric Gabizon, responsable marchés primaires obligataires chez HSBC France, qui a dirigé la transaction avec BNP Paribas.

Le placement, dont la taille est déterminée par la valeur des actifs, a été deux fois sursouscrit par 29 investisseurs. Ceux-ci proviennent à 61% de la zone Moyen-Orient Afrique du Nord, à 20% d’Europe, où Londres héberge des fonds spécialisés, et à 19% d’Asie, surtout de Malaisie. Des banques centrales (50% des investisseurs) ont trouvé là l’occasion de diversifier leurs réserves en mettant de l’euro dans leur poche sukuk, ou tout simplement de prendre du papier noté AAA en provenance d’un émetteur bien rare sur les marchés.

Plus généralement, «l'émission d’un sukuk donne de la visibilité auprès de certaines banques centrales, qui pourront revenir pour des émissions conventionnelles», estime Frédéric Gabizon.

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