Le Japon fait le pari risqué d’un retour de l’inflation
Le Japon fait le pari de la fin de la déflation. Outre la fixation d’un objectif cible d’inflation de 1% par la Banque du Japon (BoJ) dans le cadre de l’extension de son programme d’assouplissement monétaire à 65.000 milliards de yens, le ministère des finances a manifesté sa volonté de relancer les émissions d’obligations indexées sur l’inflation (JGBi), selon des sources bancaires.
«Cela constituerait une mini-révolution et, a priori, une grosse surprise dans un pays où le Trésor, jusqu’à récemment, avait plutôt tendance à assécher le marché» estime Natixis. La dernière émission de JGBi remonte à juin 2008, avec un tarissement progressif des rachats depuis 2010, pour devenir nuls depuis le début de l’année. Le recul de l’inflation sous-jacente de -0,2% mi-2008 à -1,6% début 2010 a ainsi refroidi le Trésor qui craignait un affaiblissement de la demande de la part des investisseurs, en perte sur ces produits illiquides.
Aujourd’hui, Tokyo pourrait profiter de l’amélioration relative de l’inflation à un rythme de -0,2% en décembre, contre une baisse des prix de plus de 2% en 2009. Néanmoins, seul l’introduction d’un «floor» (plancher) déflation permettrait de garantir aux investisseurs «un papier techniquement comparable à la plupart des autres indexés souverains, et rendrait les arbitrages plus faciles» indique Natixis. Les premières souches de JGBi émises en mars 2004, qui arrivent à maturité dans deux ans, cotent aujourd’hui sous le pair, à 98,9, entrainant des pertes pour ses détenteurs.
«Compte tenu du haut niveau de dette au Japon, à un certain moment, les taux devront augmenter lorsque la démographie ne fournira plus assez d’épargne pour soutenir le marché obligataire» estime Bank of America.
Dans ce contexte, soutenir un retour à l’inflation est à double tranchant. Si les rendements à 10 ans restent inférieurs à 1%, la BoJ a elle-même estimé qu’une hausse uniforme d’un point de pourcentage sur toute la courbe des taux d’intérêt entrainerait des pertes sur le prix des obligations détenues de 6.300 milliards de yens (58 milliards d’euros) pour les banques japonaises.
Les JGB sont détenus à 43,7% par les banques du pays, à 20,8% par les assureurs, à 13,3% par les fonds de pension et à 8,5% par la BoJ. Et Bank of America d’alerter sur le fait que «les pertes et le risque élevés ont fortement entamé la capacité des banques à prendre un surcroît de risque».
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