Le gouvernement japonais hésite à décocher sa troisième flèche

Le premier ministre Shinzo Abe envisage de retarder la deuxième hausse du taux de TVA à 10% prévue pour octobre 2015, malgré le soutien de la BoJ.
Patrick Aussannaire

Le Japon traverse une mauvaise passe. En pleine crise politique qui frappe pour la première fois son gouvernement et en pleins doutes sur les perspectives de croissance dans le pays, Shinzo Abe envisage de retarder la nouvelle hausse très impopulaire du taux de TVA à 10% prévue en octobre 2015. Le jour de la démission de sa ministre de l’Economie, du commerce et de l’industrie, après celle du ministre de la Justice pour suspicion de fraude, le premier ministre a déclaré au Financial Times qu’«en augmentant le taux de TVA dans un contexte de désordre et de ralentissement économique, il n’y aurait aucune hausse des recettes ce qui rendrait la mesure inutile».

Les doutes sur la capacité de Tokyo à achever la troisième flèche de son programme a fait décaler le niveau des CDS souverains à 5 ans à 49 pb, alors qu’il était tombé le 12 septembre à 31,5 pb, son plus bas niveau depuis octobre 2008. A la suite des mauvais indicateurs économiques récents, Barclays a révisé à la baisse de 1,5 point sa prévision de croissance du PIB nippon au troisième trimestre à +2,2%, après sa chute de 7,1% au deuxième. Le consensus prévoit un ralentissement de la croissance à 1% cette année, après 1,5% en 2013. Si la BoJ a revu ses objectifs de croissance à la baisse, elle maintient sa prévision d’un retour de l’inflation à 2% fin 2015.

L’autorité a mené au cours du mois de septembre plusieurs adjudications de billets de trésorerie offerts à des taux négatifs. Une décision historique qui s’explique par une forte absorption exceptionnelle de liquidités par le gouvernement le mois dernier, selon CA CIB. «La BoJ a estimé que cette opération permettrait de contribuer à affaiblir le yen, doper le marché actions, et ainsi soutenir l’économie» pour permettre à Tokyo de ne pas retarder la hausse de TVA, ajoute CA CIB. La devise a frôlé le seuil de 110 contre dollar pour la première fois depuis août 2008, soit une dépréciation de 7,7% en deux mois et de 41% en deux ans.

«Que le marché actions n’ait pas profité de cette chute du yen a dû constituer une déception pour la BoJ », estime CA CIB. Reuters rapportait hier que le fonds de retraite public (GPIF) pourrait accroître son allocation en actions locales de 12% actuellement à 25%, soit des achats de 10.700 milliards de yens (78 milliards d’euros), selon Citigroup. L’indice Nikkei accuse une chute de 7,2% depuis le début de l’année, la plus mauvaise performance sur le marché asiatique.

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