Le fort rebond de l'économie britannique reste à relativiser
Il aura fallu six ans à l’économie britannique pour retrouver son niveau d’avant la crise, du moins en termes de produit intérieur brut. La croissance de 0,8% enregistrée au deuxième trimestre, conforme aux prévisions du consensus, et de 3,1% sur un an, a ramené le PIB à 0,2 point au-dessus du niveau constaté au premier trimestre 2008.
«Cela souligne à quel point la reprise a été longue et lente à se dessiner dans la période récente», réagissait vendredi David Tinsley, économiste de BNP Paribas. Parmi les pays du G7, seule l’Italie fait pire.
Lors des épisodes passés de récession, l'économie avait récupéré bien plus vite. Au tournant des années 80, il avait tout de même fallu seize trimestres à l’économie du Royaume-Uni pour revenir à son niveau du deuxième trimestre 1979. Lors de la première guerre du Golfe, le retour au PIB de fin juin 1990 avait pris dix trimestres. Et la reprise reste inégale. Le secteur des services explique à lui seul 0,77 point de croissance du deuxième trimestre 2014, et il a retrouvé son niveau d’avant la crise il y a quelques trimestres. La production industrielle et la construction, en revanche, sont toujours sous la ligne de flottaison.
Les changements statistiques attendus dans le calcul du PIB à la rentrée devraient certes modérer cette perception. «Il y aura des révisions significatives en septembre, et un document de travail publié en juin suggérait que la récession a pu être moins forte qu’on ne le pensait au départ – d’environ 1% du PIB, explique James Knightley, économiste chez ING. Ces révisions ramèneront le Royaume-Uni en ligne avec les conventions internationales et devraient montrer que le retour au niveau pré-crise s’est produit en réalité au tournant de cette année».
Avec 3,2% de progression du PIB attendue en 2014 par le FMI, le Royaume-Uni devrait en outre connaître la plus forte reprise des économies développées.
Mais Ross Walker, économiste chez RBS, invite à remettre ce rebond en perspective. «La surperformance de 2014 impressionne moins quand on la compare à cinq années de sous-performance, non seulement vis-à-vis des Etats-Unis, ce qui est habituel, mais aussi de la France, rappelle-t-il. Les indicateurs budgétaires et le niveau de dette des ménages restent parmi les pires du monde développé: il y a encore un travail considérable à faire pour réparer les bilans, et le gros de l’ajustement budgétaire a été reporté au-delà des élections de mai 2015».
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