Le FMI s’alarme du coût d’un allongement imprévu de l’espérance de vie

Sous-estimé par les modèles démographiques, le risque de longévité représenterait une dépense supplémentaire de 25% à 50% du PIB
Alexandre Garabedian
Photo: PHB/Agefi
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Dans leur guerre contre les déficits, les gouvernements ont un ennemi qui fait peu parler de lui en ce moment: le risque de longévité. Le FMI juge pourtant qu’il «menace le caractère soutenable des budgets dans les prochaines années et décennies», selon un chapitre de son rapport sur la stabilité financière publié par avance le 11 avril.

La bombe à retardement du vieillissement de la population a déjà fait l’objet de nombreuses études. Le risque de longévité désigne autre chose: un accroissement inattendu de l’espérance de vie par rapport aux projections du moment. Par le passé, les démographes ont sous-estimé de 3 ans en moyenne l’allongement de l’espérance de vie. «Si tout le monde vit 3 ans de plus que les prévisions actuelles, la valeur présente des dépenses de la population durant cette période supplémentaire atteindrait 25% à 50% du PIB, écrit le FMI. A l’échelle mondiale, cela équivaut à des dizaines de milliers de milliards de dollars».

Ces dépenses supplémentaires pour les retraités excéderaient de beaucoup la valeur des actifs financiers des ménages. Dans un pays comme la France, un risque de longévité de 3 ans équivaudrait à une charge additionnelle de 40% à 54% du PIB 2010 suivant les hypothèses. En Allemagne et au Japon, l’impact est encore plus élevé: les deux tiers et les trois quarts du PIB respectivement. Les pays émergents ne sont pas en reste, avec un coût évalué en moyenne à 25% du PIB. Si cette charge devait être intégrée dès à présent dans les ratios de dette publique, ceux-ci atteindraient 150% du PIB en Allemagne et aux Etats-Unis, et 300% au Japon.

Le Fonds monétaire fait en effet l’hypothèse que les systèmes de retraite privés ne pourront assumer cette charge supplémentaire. «De nombreux fonds de pension privés dans les économies développées sont déjà sous-capitalisés», relève l’institution, «et en cas de choc de longévité affectant l’ensemble de la population, le secteur privé serait submergé par les conséquences financières».

Quelques fonds essaient bien de gérer le risque de longévité en le transférant à des tiers (marchés, réassureurs), mais la base d’investisseurs ne représente qu’une fraction des besoins. Aux gouvernements d’en tirer les conséquences: réforme des retraites des fonctionnaires, promotion de produits d’épargne prenant en compte ce risque, supervision renforcée des assureurs. Des mesures à prendre dès aujourd’hui.

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