Le départ du président de S&P sonne comme une sanction
Officiellement le remplacement de Deven Sharma n’est pas lié à la dégradation de la note AAA des Etats-Unis, mais le doute est permis
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Olivier Pinaud
Officiellement, le départ de Deven Sharma n’est pas lié à la perte du AAA américain. Pourtant, l’annonce du changement de président chez Standard & Poor’s deux semaines seulement après la dégradation de la note des Etats-Unis par l’agence a nourri ce soupçon. «Si cela avait été un départ planifié, il aurait été réalisé différemment», s’est par exemple ouvertement étonné un analyste crédit de Mitsubishi UFJ Securities auprès de l’agence Bloomberg.
La décision de S&P a provoqué un tel déchaînement de critiques aux Etats-Unis, aussi bien dans la classe politique et financière que dans l’opinion publique, que le remplacement de Deven Sharma dès le 12 septembre par Douglas Peterson, actuel directeur opérationnel de Citibank, sonne comme une sanction. Deven Sharma, en poste depuis 2007, participera à la revue stratégique actuellement menée par McGraw-Hill, la maison mère de S&P, jusqu'à son départ à la fin de l’année.
Selon le Financial Times et le Wall Street Journal, les premiers à avoir annoncé le départ de Deven Sharma, le processus de remplacement aurait été initié dès le mois de mars. Mais la tempête provoquée par la perte du AAA américain a peut-être accéléré le processus. L’action McGraw-Hill a chuté de 12% depuis le 4 août, veille de la dégradation de la note des Etats-Unis, trois fois plus que l’indice S&P 500.
Quelques jours après la décision de l’agence, plusieurs sources avaient révélé que le département de la Justice enquêtait sur la façon dont S&P a assigné des notes élevées à des titres complexes adossés à des prêts hypothécaires immobiliers dont l’effondrement a conduit à la crise financière de 2008. Enfin, McGraw-Hill doit faire face à la pression grandissante de fonds activistes pour scinder ses activités.
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