Le Crédit Agricole SA a souffert dans ses métiers phares en 2011

Au-delà des effets liés à la Grèce et à la crise de la dette, les réseaux, l’assurance et la gestion peinent. La perte atteint 1,47 milliard
Antoine Landrot

L’avertissement sur résultats des dirigeants du Crédit Agricole en décembre dernier n’aura pas suffi. Le titre du Crédit Agricole SA (CASA, la structure cotée du groupe) a été pénalisé hier après l’annonce d’une perte nette de 3,07 milliards d’euros au 4e trimestre. Ce montant est supérieur d’environ 500 millions d’euros au consensus des analystes qui suivent la valeur. Pour l’année, la perte atteint 1,47 milliard, du jamais vu depuis la cotation.

Comme prévu, de nombreux éléments liés au contexte européen ont provoqué des effets dévastateurs à tous les étages du compte de résultat de CASA. Dans le cadre du plan de soutien à la Grèce proprement dit, la banque a appliqué une décote moyenne de 74% aux titres souverains, générant une dépréciation de 220 millions d’euros au dernier trimestre (1,33 milliard d’euros pour l’année entière), qui lui a coûté 160 millions d’euros de résultat net (943 millions en 2011).

La dégradation de l’économie grecque a également obligé CASA à accroître ses provisions pour coût du risque relatives à sa filiale Emporiki de 345 millions d’euros au dernier trimestre, portant le montant annuel à 1,17 milliard. Plus largement, la crise de la zone euro a conduit l’établissement à passer quantité de dépréciations au 4e trimestre: à travers l’ajustement de valeur de ses nombreuses participations (981 millions d’euros pour Bankinter et BES), comme à travers les écarts d’acquisition (275 millions sur l’Italie et l’Ukraine).

Dernier volet, le «plan d’adaptation» prévoyait une réduction de voilure dans les métiers qui ne génèrent pas de dépôts (crédit à la consommation, leasing...), ou consommateurs de dollars (financements aéronautique, maritime, etc.). Sa mise en œuvre a provoqué une hausse des charges d’exploitation de 393 millions d’euros au 4e trimestre (à 3,8 milliards). En outre, le plan a nécessité 1,3 milliard de dépréciations de goodwill dans la banque de financement et d’investissement CA CIB et dans le pôle de services financiers spécialisés (SFS).

Cela dit, cette réduction de voilure a produit les effets voulus. CASA a réduit ses besoins de financement à moyen et long terme (MLT) de 21 milliards d’euros au 2e semestre 2011; la banque s’estime en bonne voie pour atteindre son objectif de 50 milliards au 31 décembre 2012. Quant au programme de refinancement pour l’année en cours (12 milliards), 37% ont déjà été levés au 20 février. De même, la banque a considérablement réduit sa dépendance à l’égard des marchés à court terme: sa dette nette a fondu de 64 milliards d’euros, dont 21,3 milliards sont la conséquence du plan d’adaptation. Concernant la solvabilité, le Crédit Agricole joue sur le fait que le régulateur prend en compte la situation du groupe et non celle de CASA. Il affiche ainsi un ratio de fonds propres durs de 9,6% au 31 décembre 2011 selon les critères de l’Autorité bancaire européenne.

Mais les analystes ne se sont pas limités à ces éléments. Les métiers traditionnellement forts du groupe (les réseaux français, la gestion d’actifs et l’assurance) affichent des performances mitigées. «Les tendances sous-jacentes dans les réseaux français, internationaux et les SFS ont été défavorables au 4e trimestre, avec une baisse des revenus, une hausse des coûts et une augmentation des provisions, remarquent les analystes de BoA Merrill Lynch. Seules la gestion d’actifs, l’assurance et la banque privée affichent une augmentation de leurs revenus – de seulement 2%. CA CIB est l’unique pôle qui voit ses charges reculer, de 18%.»

En effet, le produit net bancaire (PNB) des caisses régionales du Crédit Agricole a reculé de 1,4% au 4e trimestre 2011. Quant à LCL, il voit son PNB reculer de 10% (à 920 millions) et son bénéfice net part de groupe perdre 30,8% sur un an et 21% par rapport au 3e trimestre (à 130 millions). Ce réseau a été particulièrement handicapé par un accroissement du coût de la collecte de bilan: en perspective de l’application des normes de Bâle 3, les banques se livrent à une course aux dépôts et à l’épargne de bilan.

Ce phénomène se répercute sur d’autres activités. Amundi (le pôle de gestion d’actifs de CASA) voit ses encours baisser de 7,3% en 2011, à 659 milliards d’euros. L’arbitrage en faveur des produits bilantiels a provoqué une décollecte de 36,4 milliards d’euros venant des réseaux, des distributeurs tiers et des assureurs.

Au même titre, ceci a eu des répercussions sur l’activité d’assurance vie, dont le chiffre d’affaires a reculé de 23% au dernier trimestre. Egalement touché par les dépréciations et la situation en Grèce, le pôle Assurance a vu son bénéfice net chuter de 85% au dernier trimestre, à 40 millions d’euros, après une perte de 164 millions au trimestre précédent.

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