Le Brésil accélère son processus d’assouplissement monétaire
La banque centrale a souhaité frapper fort en annonçant cette nuit une baisse du taux directeur Selic de 75 points de base, à 9,75%
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Patrick Aussannaire
Le Brésil multiplie les initiatives pour enrayer le ralentissement de son économie. Cette nuit, le comité de la banque centrale du pays (Copom) a souhaité frapper fort en annonçant une baisse du taux Selic de 75 points de base (pb) pour le ramener sous les 10%, à 9,75%. Si les économistes tablaient sur une baisse identique aux précédentes, de 50 pb, les marchés commençaient depuis quelques jours à anticiper un geste symbolique de 75 pb. Deux membres du Copom ont voté pour une baisse de 50 pb, traduisant la forte pression mise sur la banque centrale par le gouvernement qui espère ainsi réduire les entrées de capitaux, qui ont atteint 15,5 milliards de dollars depuis le début de l’année, et ainsi relâcher la pression sur le real.
Les changes sont ainsi redevenus le nerf de la guerre. En visite en Allemagne, la présidente Dilma Rousseff a averti que son gouvernement ne ménagerait aucun effort pour protéger ses entreprises du «tsunami monétaire» issu des politiques de «quantitave easing» menées par la Fed, la BCE et la BoJ et ayant conduit à une appréciation du real contre dollar de 31% depuis 2008 et de 6% depuis le début de l’année. D’ailleurs, le prolongement de la taxe de 6%, baptisée IOF, sur les prêts étrangers à court terme pour englober tous les prêts jusqu’à 3 ans, ainsi que des interventions de la banque centrale sur le marché des changes ont permis un recul du real de 4% depuis son plus haut du 28 février.
En 2011, la croissance du PIB brésilien a fortement ralenti à un rythme de 2,7% après 7,5% en 2010. Et les perspectives pour cette année ne semblent pas meilleures. La production industrielle a enregistré une chute de 2,1% au mois de janvier, alors que le consensus tablait sur une baisse plus modérée de 0,8%. Sur un an, la baisse atteint même 3,4%, celle de la production de biens durables 7,6% et celle de biens capitalistiques de 13%. Le consensus des économistes interrogés par la banque centrale prévoit un rebond modeste de la croissance à 3,3% et de 4,15% en 2013. Le ministre des finances Guido Mantega n’a pas varié de cap: «notre objectif est toujours de 4% à 5%».
Mais le double assouplissement monétaire et budgétaire pourrait se faire au prix d’un regain de tensions inflationnistes, alors que le prix du pétrole est reparti à la hausse. Même si l’inflation a baissé à 6,2% en janvier, l’enquête de la banque centrale anticipe une inflation qui reste à 5,2% en 2013.
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