Le Brésil accélère le rythme de son resserrement monétaire

En relevant le taux Selic à 11,75%, la banque centrale fait grimper les taux réels au-dessus de 6% malgré des perspectives de croissance atones
Patrick Aussannaire

La banque centrale brésilienne (BCB) maintient son cap sur l’inflation malgré un contexte économique maussade. En relevant le taux Selic de 50 pb pour le porter à 11,75%, l’autorité «cherche à prouver sa détermination pour faire baisser le taux d’inflation», qui atteignait 6,6% en octobre, estime Natixis. Les taux réels à 2 ans dépassent désormais les 6%, avec une inflation anticipée à 6% en 2015, qui devrait certes bénéficier de la baisse du prix des matières premières mais pâtir d’effets de base défavorables et de l’affaiblissement du real.

Dans ce contexte, Natixis estime que «la BCB devrait continuer de relever le taux Selic même si le débat sur le rythme de cet ajustement sera dévoilé dans les minutes» de la réunion. La courbe des taux est inversée depuis l’été dernier à hauteur de 70 pb sur la partie 2 ans - 10 ans. Les marchés anticipent 100 pb de nouvelles hausses de taux à horizon 2 ans, et le maintien d’une politique monétaire durable restrictive avec un taux à 10 ans à 12%.

Le real s’est déprécié de 6% contre dollar depuis fin octobre et de 62% depuis son plus haut de juillet 2011. SG CIB estime qu’il «demeure toujours très largement surévalué» et devrait chuter de 12% encore d’ici à juin 2015. Avec un déficit courant attendu à 3,6% du PIB cette année, au plus haut depuis 2001, après 3,4% en 2013 et 2,2% en 2012, seule une forte reprise de l’activité permettrait d’éviter une correction plus violente du real, explique SG CIB.

Or, l’économie brésilienne a certes retrouvé le chemin de la croissance au troisième trimestre, mais celle-ci reste limitée à 0,1% et toujours en contraction de 0,2% sur un an, avec un recul inquiétant de 0,3% de la consommation des ménages. Le nouveau ministre des finances, Joaquim Levy, ancien ministre de Fernando Lula qui bénéficie d’une forte crédibilité budgétaire, s’est engagé sur un retour à un excédent primaire de 1,2% du PIB en 2015 et 2% sur 2016-2017. Un objectif qui exige de ramener le déficit budgétaire à 3,8% en 2015 et 3% en 2016-2017 pour sauvegarder la note du pays en catégorie investissement.

Natixis estime que la hausse des taux, la baisse du prix des matières premières et la contrainte budgétaire devraient peser sur la croissance en 2015, alors qu'à long terme, aucune réforme structurelle n’a encore été annoncée par le nouveau gouvernement. SG CIB table sur une croissance à 1,1% en 2015 et 1,7% en 2016 tirée par une reprise de l’investissement.

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