L’assouplissement monétaire généralisé a placé les marchés dans une «aventure inédite»

Selon la Banque des réglements internationaux, 2.400 milliards de dollars de titres de dette souveraine se négociaient à des rendements négatifs fin février.
Olivier Pinaud

La vague de mesures d’assouplissement monétaire qui vient de submerger en quelques mois les marchés financiers mondiaux a créé une situation totalement inédite selon les économistes de la Banque des règlements internationaux (BRI). «Comme on peut l’observer sur les marchés obligataires jour après jour, les limites de l’impensable sont extraordinairement extensibles», a reconnu Claudio Borio, chef du département monétaire et économique de la BRI, à l’occasion de la publication hier du rapport trimestriel de l’institution.

A fin février 2015, la BRI a recensé l’équivalent de 2.400 milliards de dollars de titres de dette souveraine de long terme qui se négociait à des rendements négatifs. Sur ce total, 1.900 milliards avaient été émis par des emprunteurs de la zone euro.

«Compte tenu du fort degré d’intégration des marchés financiers, même la flexibilité du cours de change n’a qu’un rôle limité d’isolant», reconnait l’économiste de la BRI. Ces interventions ont ainsi provoqué d’importantes réactions en chaîne. La suppression sans préavis par la Banque nationale suisse du cours plancher de sa devise mi-janvier en est l’illustration parfaite. «Dans pareil environnement, l’assouplissement appelle l’assouplissement», indique la BRI, entraînant les marchés financiers vers «une aventure inédite».

Si cette situation devait perdurer, «des limites techniques, économiques, juridiques, et même politiques, risquent bien d’être atteintes. Il conviendra d’en suivre de près les conséquences, car les répercussions ne manqueront pas de peser sur le système financier et au-delà», prévient la BRI. L’une d’entre elles pourrait se propager via le dollar, la faiblesse des taux ayant contribué à renforcer l’appréciation de la devise américaine.

Une nouvelle progression du billet vert, «en particulier si elle va de pair avec un durcissement de la politique monétaire des Etats-Unis, aura, globalement, tendance à resserrer les conditions financières internationales», explique Claudio Borio.

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