L’Argentine s'éloigne davantage des marchés de la dette internationale

Le gouvernement a bravé la décision de la Cour de justice américaine en procédant hier au versement des intérêts sur sa dette restructurée
Patrick Aussannaire

L’Argentine aurait une nouvelle fois défié la justice américaine en procédant hier au versement des intérêts de 200 millions de dollars sur sa dette restructurée en faisant transiter les fonds par une banque locale Banco de la Nacion Fideicomiso. BNY Mellon, qui agissait comme «trustee», a refusé de procéder au dernier versement de 539 millions pour ne pas contrevenir aux injonctions du juge Thomas Griesa de conditionner ces versements au remboursement des 1,3 milliard de dollars et des intérêts dus aux fonds vautours qui n’ont pas participé aux restructurations de 2005 et 2010. Une décision jugée «illégale» par Thomas Griesa qui a brandi la menace de sanctions.

Si les élections présidentielles d’octobre 2015 pourraient permettre de débloquer la situation, selon Natixis, cette dernière décision accroît d’ici là la probabilité d’une nouvelle dépréciation du peso, qui a déjà chuté de 46% depuis un an contre dollar sur le marché officiel à 8,48 et a même atteint 15,6 sur le marché parallèle, traduisant le manque de confiance des argentins vis-à-vis de leur devise. Les marchés anticipent une dépréciation supplémentaire de 50% à horizon un an. Or, l’inflation est déjà estimée par les instituts privés à 40%, après 15% en 2010.

«Les mouvements de vente sur la dette argentine en devises dures se sont aggravés depuis son défaut technique et ont eu un impact sur le taux de change mais aussi sur l’activité avec une hausse des importations», rappelle Sebastian Vargas, économiste chez Barclays. Si les chiffres officiels montrent une croissance de 0,3% et nulle sur les deux premiers trimestres, Natixis anticipe une contraction du PIB de 2,5% cette année et de 3% en 2015. «A moins que l’Argentine ne regagne un accès aux marchés de crédit, les perspectives sont récessionnistes», estime Sebastian Vargas.

En outre, la politique budgétaire et monétaire expansionniste menée par le pays devrait entraîner un dérapage du déficit public à 6% du PIB en 2014, après 3,6% en 2013, auquel s’ajoutent les transferts aux entités publiques équivalents à 2,5% du PIB, selon BNP Paribas. Les besoins de financement importants en fin d’année devraient ainsi conduire la banque centrale à émettre plus de 100 milliards de pesos (9 milliards d’euros) au dernier trimestre, soit 25% de sa base monétaire, dont une partie sera stérilisée en vendant des dollars sur un marché des changes déjà sous tension.

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