L’approfondissement de la restructuration de son secteur bancaire met l’Espagne sous pression
La situation politique en Grèce n’a pas détourné l’attention des marchés de l’Espagne. Les taux à dix ans espagnols se tendaient de 24 points de base hier après-midi, pour atteindre 6,025%. Le nouveau franchissement de la barre symbolique des 6% reflète les inquiétudes grandissantes au sujet de la restructuration du secteur bancaire. Celle-ci pourrait peser sur les finances publiques alors que le pays peine déjà à tenir les objectifs budgétaires fixés par l’Union européenne.
Selon Bloomberg, le gouvernement espagnol pourrait exiger vendredi prochain que les banques passent de nouvelles provisions sur leur exposition au secteur immobilier. Elles pourraient atteindre 30 milliards d’euros, en plus des quelque 53,8 milliards déjà exigés par l'éxécutif en février. Cette décision ne serait pas une surprise. Selon les statistiques de la Banque d’Espagne, le taux de prêts douteux sur la totalité des encours à atteint 8,16% en février, soit un plus haut depuis 18 ans.
Banco Financiero y de Ahorros (BFA), le premier actionnaire de Bankia, a demandé hier soir la conversion en actions ordinaires de 4,46 milliards d’euros injectés par le fonds public d’aide au secteur financier (Frob), selon un communiqué de la Banque d’Espagne. Née en 2010 de la fusion de sept caisses d’épargne, Bankia est victime de sa lourde exposition au secteur immobilier. Son président, Rodrigo Rato, lié au Parti populaire, a d’ores et déjà démissionné. Il a été remplacé par Jose Ignacio Goirigolzarri, anciennement aux commandes de BBVA.
«La recapitalisation de Bankia ne va pas résoudre les problèmes bancaires de l’Espagne», estiment les analystes de RBS. Selon eux, les principales banques nationales (Santander, BBVA, Caixabank, Bankia, Popular, Sabadell et Bankinter) vont avoir besoin de 68 milliards d’euros supplémentaires de capital dans les trois années à venir pour faire face aux actifs immobiliers problématiques et aux contraintes réglementaires. Mais seul Santander pourrait satisfaire ses besoins par ses propres moyens.
Des recapitalisations seraient malvenues pour l’Espagne qui a déjà du mal à tenir ses objectifs d’assainissement budgétaires. Le gouvernement a dû batailler ferme avec la Commission pour qu’elle accepte que l’Espagne ne ramène son déficit budgétaire qu'à 5,3% du PIB cette année et 3% en 2013. Mais selon Reuters, Bruxelles prévoit un déficit de 6% en 2012 et d’environ 4% en 2013.
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