L’AMF pointe des abus tarifaires sur les fonds destinés aux particuliers
Si seulement la tarification des fonds pouvait être aussi simple à lire qu’une carte de restaurant ! L’Autorité des marchés financiers (AMF) a participé récemment à un exercice européen de supervision sur les coûts et frais des OPCVM commercialisés aux clients particuliers, dits fonds «retail». Elle vient ainsi de publier, ce 23 mai, le résultat de son enquête, pour laquelle elle a interrogé 49 sociétés de gestion, représentant 766 milliards d’euros d’encours, logés au sein de 2.050 OPCVM de droit français ou étranger. Le régulateur a complété cette étude par une série de contrôles «Spot» (pour «supervision des pratiques opérationnelle et thématique»), un format d’enquête court et thématique, auprès de cinq sociétés de gestion.
Si l’AMF a été dans l’ensemble satisfaite par les réponses des sociétés de gestion, l’étude a permis de mettre en lumière la perpétuation de certaines pratiques néfastes pour le rendement des épargnants. D’une part, elle a repéré 14 fonds pseudo-actifs (index closet funds en anglais) dans son échantillon, qui tarifaient des coûts exorbitants pour des stratégies n’apportant quasiment aucune différence de performance par rapport à leurs indices de référence.
Les frais courants de ces fonds étaient ainsi deux fois plus élevés que la tracking error des portefeuilles (la différence de performance entre un fonds et son indice de référence). Selon l’AMF, ces 14 fonds n’avaient que 2,3% de chances de battre leur indice après application des frais.
Pour y remédier, l’Autorité souhaite désormais que les prestataires de services d’investissement disposent «de politiques et de procédures leur permettant d’évaluer la relation sur le long terme entre le niveau de frais des fonds affichant un objectif de gestion active et la proximité de leurs performances à celles de leur indicateur de référence (par exemple à travers le calcul de la ‘tracking error’)» lorsqu’ils déterminent si des placements collectifs équivalents sont susceptibles de correspondre au profil de leurs clients.
D’autre part, elle a observé des niveaux élevés de commissions de mouvement, des frais additionnels facturés quand un gérant achète ou vend des titres dans le portefeuille, chez une minorité de fonds. Chez les 2% des véhicules les plus chers du marché, les commissions de mouvement représentaient une grande partie des revenus (36%, contre 14% en moyenne), parfois même les trois quarts, note l’AMF. Et chez sept fonds, le niveau de commissions de mouvement est même supérieur à 2,5% de l’actif net, note le gendarme financier. Pourtant, 76% de ces 2% des parts les plus chères ont sous-performé leur indice de référence ces quatre dernières années !
Cette situation a poussé l’AMF à interdire les commissions de mouvement à partir de 2026. Cette modification de son règlement général a été homologuée par arrêté du ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance publié en date du 19 mai 2022. Cette nouveauté n’aura pas tardé à faire réagir les gérants d’actifs et les consultants de l’industrie, certains s’attendant à un encadrement de la pratique plutôt qu’à un bannissement pur et simple.
Manque de transparence des rétrocessions
Les travaux de l’AMF ont également porté sur la destination des frais prélevés par les sociétés de gestion. Il en est ressorti que plus de 50% des frais de gestion – la tranche de loin la plus importante du millefeuille tarifaire, ponctionnée chaque année – étaient reversés aux distributeurs des fonds. Cette pratique structurante de l’industrie des fonds dans l’Hexagone, qui a notamment permis l’essor des conseillers en gestion de patrimoine (CGP), vise à récompenser leurs efforts de commercialisation. Ces rétrocessions étaient particulièrement importantes de la part des fonds actions et gestion diversifiée, deux approches particulièrement prisées des CGP.
Toutefois, les sociétés de gestion semblent plus enclines à rémunérer davantage leurs propres réseaux lorsqu’elles appartiennent à un grand groupe. La part médiane des frais de gestion rétrocédés s’élève en effet à 55% lorsque la distribution se fait intragroupe. L’AMF explique cette situation par le coût important du maintien d’un réseau de distribution, dont le nombre de conseillers patrimoniaux maison peut s’élever à plusieurs milliers.
Le contrôle de l’Autorité a également relevé l’absence d’information au sein de la documentation réglementaire concernant la destination des rétrocessions, et noté que certaines sociétés contrôlées ne vérifiaient pas que les distributeurs déclaraient cette source de rémunération à leurs clients finaux. Cette incitation monétaire reste certes autorisée dans le cadre de la réglementation européenne Mifid 2 pour les CGP qui ne présentent pas leur conseil comme indépendant. Encore faut-il que le client en soit conscient.
Plus d'articles du même thème
-
«Nous avons ramené les portefeuilles vers une légère surpondération des actifs risqués»
Mathieu Pivovard, responsable de la gestion diversifiée, Allianz Global Investors -
State Street IM collecte 49 milliards de dollars au premier trimestre 2026
La société de gestion américaine a perdu 86 milliards de dollars sur les marchés au cours des trois premiers mois de 2026. -
La croissance chinoise résiste contre vents et marées
La Chine se montre résiliente, avec 1,3% de croissance au premier trimestre. En revanche, la crise immobilière n’est pas encore résolue et pèse toujours sur la consommation des ménages. -
Roquette émet une obligation hybride de 600 millions d'euros
Les produits nets de l'émission des obligations seront utilisés pour des besoins courants d’entreprise. -
EXCLUSIFWemo Reim change la structure de frais de sa SCPI Wemo One
Quelques semaines après avoir revalorisé son prix de part, la société a fait voter deux résolutions majeures à une large majorité lors de l'assemblée générale vendredi 17 avril. -
Partners Group lève 9 milliards de dollars dans le secondaire
Composée d’un fonds fermé et de mandats, l'enveloppe collectée par la société helvétique s’inscrit dans la dynamique d’un segment devenu stratégique pour la liquidité des investisseurs.
ETF à la Une
Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
- Comgest fait face à une forte décollecte au premier trimestre 2026
- Qui sont les plus grands gérants d'actifs du monde en 2026 ?
- Amundi «toujours en phase d'apprentissage» dans la numérisation de fonds
- Arkéa AM se rapproche de son objectif d’encours à 2030
- Morgan Stanley entre dans la danse des ETF bitcoin
Contenu de nos partenaires
-
TrioRachat de SFR : l’espoir d’un retour à trois sur un marché très concurrentiel
Il n'y a aucune certitude à ce stade que cette opération soit réalisée, précise le consortium des trois repreneurs de l'opérateur -
Sécurité nationale : un rapport s'alarme de la dépendance des pays européens concernant la tech américaine
Selon un rapport du groupe de réflexion Future of Technology Institute, plus des trois quarts des pays européens utilisent des services de cloud américains pour des fonctions essentielles à leur sécurité nationale -
Indemnisation des ruptures conventionnelles : Les partenaires sociaux « affligés » par le rejet surprise de leur accord à l’Assemblée nationale
Jeudi soir, la faible présence du bloc central dans l'Hémicycle a permis à la gauche de rejeter la transposition d'un tour de vis sur le régime d'indemnisation des ruptures conventionnelles, pourtant objet d'un accord formel entre syndicats et patronat