L’Allemagne s’attend à la plus forte hausse salariale depuis treize ans
Encouragés par la victoire des conducteurs de train, les syndicats allemands durcissent leurs positions et réclament un rattrapage des salaires
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Lothar Gries, à Francfort
Alors que l’inflation est à son plus haut niveau depuis six ans et demi dans la zone euro (3,1 % en glissement annuel en décembre) et que la BCE s’offusque des augmentations de salaires outre-Rhin, les syndicats allemands ont sensiblement durci leurs positions depuis le début de l’année, demandant des hausses salariales de 7 à 8 % dans le secteur public, l’industrie chimique et une partie de la construction mécanique. « Le temps des vaches maigres est terminé », a affirmé hier Frank Bsirske, le patron du syndicat Ver.di qui représente 1,3 million d’employés municipaux d’outre-Rhin. Bsirske et ses confrères de la confédération allemande des syndicats DGB estiment que « les salariés ont un véritable besoin de rattrapage après l’austérité des années passées ».
Selon le calcul des syndicats, contesté par le patronat, le pouvoir d’achat des 32 millions de salariés allemands est aujourd’hui inférieur de 3 % à ce qu’il était en 1999. « Une dégradation d’autant plus insupportable que nous assistons depuis quelques années à l’explosion des bénéfices dans les entreprises », souligne le patron du DGB, Michael Sommer. Le ton ferme et péremptoire des syndicalistes surprend dans un pays habitué à l’attitude plutôt modérée des représentants des salariés. Il survient après l’accord intervenu à la compagnie des chemins de fer Deutsche Bahn où le petit syndicat des conducteurs de train vient d’arracher au bout de six mois de conflit une hausse des salaires de 11 % et le versement immédiat d’une prime de 800 euros.
« Mon sentiment est que face au réel mécontentement de la base, les grandes centrales syndicales se servent de cet exemple pour mettre à leur tour la barre très haut », explique Peter Bofinger, membre du conseil des « cinq sages », regroupant les conseillers économiques du gouvernement d’Angela Merkel. En réalité, le durcissement des positions syndicales a provoqué une vive controverse. Alors que certains économistes comme Bofinger justifient une hausse réelle des salaires afin de garantir une poursuite de la croissance économique, d’autres mettent en garde contre les risques inflationnistes et la perte de compétitivité qu’elle engendrerait. Dans une lettre adressée au gouvernement, le président du conseil des cinq sages, Bert Rürup, estime que l’Allemagne assistera cette année à la plus importante hausse des salaires depuis treize ans. Elle devrait atteindre en moyenne 3,5 %.
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