L’Allemagne préserve la crédibilité de l’arsenal de la BCE
En confirmant la légalité du MES, la cour de Karlsruhe renforce la légitimité d’un éventuel recours à des outils monétaires non conventionnels
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Patrick Aussannaire
La Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe a maintenu hier son précédent verdict sur la légalité du Mécanisme européen de stabilité (MES) mis en place en 2012 pour éviter un éclatement de la zone euro, tout en préservant le rôle du Bundestag. La participation de l’Allemagne au fonds est limitée à 190 milliards d’euros dans le cadre d’un montant total maximum envisagé de 700 milliards. Toute rallonge au-delà de cette limite devra recevoir l’aval du parlement allemand. «Malgré le concours apporté, l’autonomie budgétaire du Bundestag est suffisamment préservée», a estimé la Cour.
La décision «devrait confirmer la pertinence du mouvement actuel de resserrement des spreads sur les obligations des souverains des pays périphériques de la zone euro», estime Aurel BGC. Aucune allusion n’a été faite au programme OMT plus controversé même s’il n’a jamais eu besoin d’être activé, mais dont la seule évocation avait permis de faire baisser les rendements des pays périphériques. Il a suscité un renvoi le mois dernier devant la Cour européenne de Justice (CEJ), qui ne devrait pas trancher avant mi-2015.
Un délai qui permet à la BCE de conserver son pouvoir de persuasion quant à un éventuel recours à des politiques monétaires non conventionnelles, de type rachats d’actifs non stérilisés. Dans un entretien accordé la semaine dernière au Wall Street Journal, le membre allemand du conseil des gouverneurs de la BCE, Sabine Lautenschläger, a évoqué des taux de dépôt négatifs, ainsi qu’un arrêt de la stérilisation du programme SMP et des rachats d’ABS simples («vanille») sur le marché comme outils mobilisables pour lutter contre les risques déflationnistes. Des outils considérés par Mario Draghi comme légaux tant qu’une décision de justice n’aura pas infirmé ce jugement.
«Il faudrait que l’inflation baisse encore, ou que les anticipations d’inflation flanchent plus nettement» pour que des «bazookas» tels que les rachats d’ABS soient activés, estime néanmoins Vincent Chaigneau, responsable global des stratégies de taux et changes chez SG CIB. Or, le taux d’inflation 5 ans anticipé dans 5 ans reste actuellement légèrement supérieur à 2%. «Le principal déclencheur d’une baisse des rendements en zone euro devrait plus être bâti sur un retour de la confiance que sur des anticipations de mesures de type QE», estime en outre Johannes Gareis, économiste chez Natixis.
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