L’action des banques centrales ne masque pas l'écart entre la BCE et la Fed
Les récents propos de Jean-Claude Trichet sur les changes constituent une critique voilée de la politique monétaire de la Réserve fédérale
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Alexandre Garabedian
Mieux vaut agir que parler. L’annonce d’une nouvelle action concertée des banques centrales, Fed en tête, pour injecter de la liquidité sur le marché, a permis hier au dollar de retrouver des couleurs. Alors que l’euro a établi en matinée un nouveau record face au billet vert (1,5496) et frôlé le seuil psychologique des 1,55, la parité était revenue hier soir autour de 1,533.
A court terme, l’action de la Fed a fait diminuer les anticipations de baisse des taux, d’où le soutien au dollar. La probabilité d’une baisse de 75 points de base à 2,25 % lors du prochain comité de politique monétaire le 18 mars, telle qu’exprimée sur le marché des futures, est passée en un jour de 86 % à 76 %. Celle d’une baisse de 50 pb est désormais de 24 %, contre 0 % lundi.
Pour autant, cette injection de fonds à échéance 28 jours ne comble guère le fossé grandissant qui se creuse entre la Réserve fédérale et la Banque centrale européenne (BCE). L’envolée de l’euro mardi matin l’a démontré. Oubliés, les propos de Jean-Claude Trichet, qui avaient permis la veille de limiter l’appréciation de la monnaie unique. Le président de la BCE s’était dit préoccupé par les «fluctuations excessives» des taux de change, et avait noté «avec une extrême attention la déclaration des autorités américaines réaffirmant qu’un dollar fort est dans l’intérêt de l'économie américaine».
Une manière de rejeter sur la Réserve fédérale la responsabilité du décrochage du billet vert. Depuis septembre 2007, la banque centrale américaine a baissé ses taux directeurs de 225 points de base. Elle n’entend pas s’arrêter là, alors même qu’outre-Atlantique, certains l’accusent de céder à la pression des marchés financiers et de sous-estimer des anticipations d’inflation résolument orientées à la hausse, si l’on en croit l’évolution des titres indexés. Tout le contraire d’une BCE qui a semblé durcir à nouveau son discours en mars, après l’avoir infléchi en février.
«L’annonce d’hier devrait soutenir le dollar à court terme (…) mais nous craignons que cela ne dure pas», avertit la recherche change de Citigroup. Mais comme le souligne BNP Paribas, «l’écartement des spreads entre emprunts d’Etat européens, combinée à une relative faiblesse des marchés actions, montre que les marchés ne pensent pas que l’Europe va se «découpler» des Etats-Unis. Nous verrons bientôt les traders sur le change adopter eux aussi cette vision».
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent.
Dans son rapport sur le rôle international de l’euro, la BCE classe sa devise au deuxième rang mondial derrière le dollar dans le système monétaire international. L’euro devient également une valeur refuge pour de nombreux investisseurs.
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